j'ai mangé des centaines de kilos de poisson du rhône

Publié le par le collectif N.R.V

ce témoignage est très important pour nous, nous devons faire circuler l'infos, c'est à nous de construire la désinformation. Si jamais vous avez des témoignages envoyez les sur l'e.mail du laboratoire

Témoignage. Henri Vernay est pêcheur à Sablons. Atteint d'un cancer de la prostate, il a contacté Lyon Capitale suite à l'appel à témoins que nous avons passé, la semaine dernière, dans le cadre de notre enquête sur la pollution du Rhône aux PCB. Nous recherchions des personnes qui avaient consommé, en quantité et depuis longtemps, des poissons du Rhône. Henri Vernay est l'une de ces personnes, que l'on imagine très nombreuses.

Henri Vernay a 69 ans. Ancien tapissier-décorateur rue Tronchet, dans le 6e arrondissement de Lyon, il s'est installé  à Sablons, il y a quelques années, pour profiter de sa retraite et se consacrer à sa passion de toujours : la pêche. La petite commune iséroise, située à 60 kilomètres au sud de Lyon, à quelques encâblures des vignobles de Condrieu, est en effet réputée très poissonneuse.

Depuis qu'il habite sa maison au bord de l'eau, Henri Vernay hameçonne tous les jours. Et mange sa pêche. Perches, gardons, goujons, ablettes, brochets, sandres, anguilles, black-bass.. tout y passe. Du moins y passait. Depuis l'arrêté de la préfecture de l'Isère du 13 juin 2007, interdisant la consommation des poissons pêchés dans le Rhône, Henri Vernay a vendu sa barque et a rangé ses cannes. Il a même choisi de déménager. “Pour moi, le Rhône est fini, il est mort, c'est terminé!”.

L'homme garde toujours le sourire, malgré son cancer de la prostate qui le ronge depuis l'année 2 000.
Depuis l'affaire des PCB, l'homme avoue se poser des questions sur l'origine de son cancer.“J'ai toujours mangé du poisson pêché dans le Rhône, depuis tout petit. On a un fleuve, on s'en nourrit, non ? Dire que j'ai mangé du poisson contaminé depuis les années 70... ça me fout les j'tons.” L'homme poursuit, intarissable : “quand j'ai posé mes valises à Sablons, je ne vous dis pas les pêches que je faisais ! Vous regarderez les photos : des kilos et des kilos.  Je levais les filets et congelais ensuite les poissons. Mon congélateur en était plein à craquer. Je distribuais même la petite friture aux habitants, tellement j'en avais.”

Juste pendant ses quatre années à Sablons, Henri Vernay a calculé avoir consommé, grosso modo, plus de 200 kilos de poissons du Rhône, soit “facilement un kilo par semaine”. De quoi s'inquiéter sérieusement.

Et s'interroger sur les mesures prises par les pouvoirs publics. Pourquoi aucune étude épidémiologique n'a été lancée sur certaines populations susceptibles d'avoir consommé en grandes quantités des poissons du Rhône ?

Henri Vernay a mangé ses nombreuses pêches miraculeuses jusqu'à l'été 2007. Deux ans en arrière, la consommation des poissons était interdite dans le canal de Jonage. Comme pour Tchernobyl, la pollution s'était arrêtée, net. Le fleuve, lui était ultra contaminé.
Et Henri Vernay de regarder son Rhône, celui qui lui a tant apporté, qui l'a tant nourri.

Ce qu'ils en  pensent...

Jacques Poinard, médecin généraliste à Sablons
«Il m'est extrêmement difficile de faire un lien de cause à effet entre les usines près de Sablons et les cas de cancers. La seule chose que je note est la recrudescence des cancers de la thyroïde par rapport aux vingt dernières années. Je me pose beaucoup de questions par rapport à Tchernobyl. Pour le reste, je n'ai pas de données épidémiologiques, faute d'informatique.

Je crois qu'ils (ndlr : la population) sont alarmistes parce que ça touche aussi une population jeune. Une étude épidémiologique est indispensable»

Alain Andrieux, maire de Sablons
«Je reconnais qu'il y a une recrudescence de cancers à Sablons. Ceci dit, il y en a toujours eu. Tchernobyl est passé par là; et puis une partie des habitants malades ont également travaillé dans les usines chimiques du coin. Avant d'inquiéter l'opinion publique, il faudrait une étude épidémiologique. Mais ont peut effectivement s'interroger(...). J'ai déjà discuté de ces problèmes là avec le préfet de l'Isère, il y a quelques années. Il m'avait demandé : «avez-vous suffisamment de preuves?». “C'en est resté là”

“On ne dit rien pour ne pas affoler les populations”

Interview. Jean-Claude Girardin préside l'association “Sauvons notre futur”. Basée à Sablons, l'association de défense de l'environnement regroupe 140 habitants de la petite commune, qui en compte moins de 2 000.

Publié dans Environnement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

chriscraft_ 05/11/2007 18:29

il y a une réunion vendredi 9 novembre de mémoire mais si quelqu'un de l'association passe par là il en dira plus sauf si je trouve la réponse avant