Le vote FN : 4ème partie.

Publié le par Leklon

 
Après tout, on pourrait se demander quel est l’intérêt de ce livre. Je dois avouer qu’au cours de mes années de licence, j’ai constamment travaillé sur le vote Le Pen car je trouve qu’on omet souvent les individus n’ayant pas le bac dans la sociologie politique. Il existe trois raisons pour lesquelles ce livre doit être mobilisé.
 
En premier lieu, si l’on considère le contexte, en 2002, la figure de Jean Marie Le Pen apparaît comme le principal axe de clivage. La réaction affective aux résultats du premier tour clive forcément la France entre ceux qui se sentent honteux et ceux qui sont ravis. Nous avons observé entre les deux tours des scènes de joie dans un bastion de l’extrême droite rurale. En effet, si la jeunesse de gauche va manifester, les conversations sur ce sujet ont lieu dans tous les milieux. Le vote Le Pen ou non apparaît donc néanmoins comme axe divisant la France.
Etudier le vote Le Pen permet donc d’étudier l’autre versant sociopolitique de la société française. Se demander sur quelle part de la population la mobilisation n’a pas marché permet de mieux saisir la sociologie globale et les motivations de l’ensemble de la population. En effet, certains ont continué à voter Le Pen malgré les mobilisations. Il faut ajouter que certains se sont abstenus au deuxième tour et ceux-ci font partie soit de son électorat potentiel niniste, soit bien sûr de l’extrême-gauche.
Les typologies qu’on peut tirer de ce livre vont nous permettre de mieux comprendre le manque mobilisation des classes populaires.
Tout d’abord, les électeurs de Le Pen et les gens qui ne se sont pas mobilisés sont souvent moins diplômés. Les études préparent à la discussion, ancrent davantage le civisme. Les années d’études sont aussi souvent des années d’apprentissage de la mobilisation manifestives. Chez les électeurs de Jean Marie Le Pen, la combativité sociale est moindre : la grève est délégitimée et les mobilisations apparaissent comme inutiles.
Ensuite, peut-être la mobilisation est elle aussi en rapport avec la densité de population. Les espaces ruraux et périurbains ont aussi leurs lieux de socialisation politique, dans les bars, par exemple. Il est néanmoins vrai que les personnes qui vivent en centre-ville ont des facilités à aller manifester. La présence de lignes de communication est importante. Mais on passe très vite d’endroits reliés à la ville à des endroits totalement fermés où la mobilisation et les discussions risquent de tourner en rond. Il ne faut pas oublier qu’en 2002, le vote Le Pen a gagné les campagnes, dont les habitants se sentent agressés par leur rurbanisation et ne sont plus fidèles au vote gaulliste. Qui plus est, dans les espaces ruraux, les phénomènes de xénophobie sont d’autant plus renforcés par l’absence de présence étrangère et un niveau d’étude plus faible.
 
En outre, l’électeur de Le Pen est soit faiblement politisé, soit de droite. Dans le cas où il n’est pas politisé, l’individu suit moins les informations et s’est moins intéressé aux résultats de l’élection. Il est donc normal qu’il n’est guère été touché par les mobilisations et que peu d’électeurs de Le Pen se soient repentis. Les électeurs se représentant le système politique comme marchant mal ont plus de difficulté à se mobiliser. Le niniste les voit probablement comme une victoire de son refus du jeu politique actuel. On peut se demander quelles ont été les répercussions sur leur sentiments vis à vis du jeu politique en tant que tels des mobilisations. Quant à l’électeur ayant des représentations de droite, nous avons vu dans l’exposé qu’il ne voyait pas la rue comme terrain de mobilisation légitime. Mais les individus « de droite » se sont mobilisés sous d’autre formes que la manifestation. Quant aux extrémistes de droite, ils se sont mobilisés le 1er Mai.
 
Pour résumer sous forme d’idéal type, nous avons deux types d’individus qui s’opposent. L’individu qui se mobilise dans tous les types est une femme, jeune, politisée, de gauche, urbaine et socialement insérée. L’individu qui ne se mobilise pas et/ou vote Le Pen est un homme, très jeune ou âgé, rural ou périurbain, peu politisé, se représentant le système politique comme marchant mal, ou de droite et voyant sa situation personnelle comme difficile. Non mobilisation et vote Le Pen peuvent peut-être apparaître comme liés. Le livre de Nonna Mayer ne met pas en avant le clivage droite-gauche pour expliquer les représentations des électeurs. Ce sont pour elles les variables sociologiques lourdes qui déterminent la capacité à se mobiliser ou non, l’abstentionnisme et le vote Le Pen.
 
 

Le livre de Nonna Mayer est utile pour comprendre les déterminants sociaux de la mobilisation ou de l’incapacité à se mobiliser. Le vote est une mobilisation parmi d’autres, qui n’est souvent que pour les électeurs du Front National un dernier sursaut protestataire avant la non-mobilisation totale. L’électeur de Le Pen apparaît comme le portrait en négatif de la France qui s'est mobilisée entre les deux tours des présidentielles de 2002 et nous ne pouvons ignorer cette part de la population : c'est aussi à elle qu'il faut rendre espoir dans la mobilisation collective et elle qu'il faut éloigner de la confortable xénophobie. 

 

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