le suffrage universel contre la démocratie #2

Publié le par lek

II La dimension psychoaffective derrière le vote "raisonnable"
 
A. L'irrationalité du vote
Tout au long de l'ouvrage, l'auteur dénonce la passivité de l'électorat devant la politique. Son livre appelle d'ailleurs à une réaction : faire "un meilleur emploi" des "énergies militantes". Cependant, il s'adresse à des personnes politisées. La majeure partie des électeurs est silencieuse et ne participe à la Société Civile qu'au moment des élections, et les pousser à aller voter est déjà un enjeu important de la campagne. Malgré qu'il n'aborde pas en profondeur la question de l'abstentionnisme, l'auteur insiste sur la question de la compétence politique.
Et selon lui, très nettement, seule une minorité éclairée affranchie du conditionnement est en mesure de voir clair dans des discours qui ne le sont pas. Le conditionnement est le fait des appareils idéologiques d'état, concept créé par Althusser, qui inculquent l'acceptation du jeu démocratique. La lutte pour ce droit, la connotation aristocratique du vote, font se sentir valorisé d'être citoyen l'électeur. De ce fait, l'éducation offre des mobiles plus rationnels en apparence seulement. Paradoxalement, le citoyen se sent investit de la Souveraineté Nationale en votant. L"auteur évoque avec un soupçon de mépris les électeurs qui croient à une bienveillance du "Pouvoir d'Etat", ceux qui reconduisent la Majorité par clémence et sollicitude. Il dénonce aussi le vote "par devoir", purement conditionné.
Le "mode de production capitaliste avancé", certes, influe sur le vote ouvrier. Il est frustré et éprouve un désir de reconnaissance. Son désir d'exister socialement peut faire sembler son vote irrationnel.
Pour l'auteur, l'adhésion au suffrage universel vient du fait qu'il est le support de désirs et qu'il engendre des satisfactions, bien qu'il soit décevant au niveau des résultats concrets. Par exemple, voter permet d'éprouver le "sentiment euphorisant de leur appartenance à la communauté nationale" et "voter pour" d'appartenir à une communauté d'idée. L'auteur y voit la réactivation d'un lien maternel avec la mère patrie. C'est un peu de rêve qui est en circulation dans le marché électoral.
 
B. Les motivations psychologiques du vote.
Les facteurs explicatifs du contenu du vote, par delà le patrimoine, la religion, sont avant tout psychologiques.
Bien que l'auteur se serve de l'échelle droite-gauche pour établir des schémas de partage du pouvoir, il affirme qu'elle ne correspond à rien en réalité. C'est une clarification du jeu politique favorable à la gauche dont les sympathisants contrôlent "l'appareil idéologique d'Etat". Le discours idéologique des partis remplit une fonction de propagande. Il désigne des ennemis symboliques et fait miroiter une utopie illusoire en échange des suffrages.
Si l'électeur cherche une identité totalisante et rationalise son vote derrière une étiquette, le rôle de la société dans la direction du vote est mis en relief. En effet, elle valorise certaines identités, modérées. L'appellation "droite" étant réservée à la "vraie droite", les électeurs ayant assimilé le "conditionnement" seront "de gauche" bien qu'en réalité plutôt "du centre", voire "ni de gauche ni de droite". Les normes changent avec le milieu et l'électeur a tendance à adopter l'identité politique la moins coûteuse socialement pour lui.
Les électeurs, qui aiment à croire que "chaque voix compte", voient rejaillir sur eux la grandeur de la cause qu'ils soutiennent. Les hommes politiques investis par un parti en conçoivent le même orgueil.
Enfin, les électeurs votent pour des champions à qui ils puissent s'identifier afin de pouvoir savourer une parcelle de pouvoir. Ils se projètent dans le candidat. Se dégage un "profil symbolique" : le candidat gagnant est un homme dynamique mais sage, diplômé, un battant. Les citoyens, le regard tournés vers lui, s'identifient pour certains à ses qualités et défauts. L'auteur cède à la tentation de dire que "tous se ressemblent étrangement". Néanmoins, le lien créé au moment de l'élection est très éphémère car l'électeur sait bien le caractère non impératif des promesses.
 
C. Un système aliénant
Ce jeu qui existe pour lui-même est aliénant. Les hommes politiques sont prisonniers des exigences fantasmatiques de l'électeur qui demande de l'illusion lors des scrutins rythmant la vie politique. La base de leur parti fait aussi pression sur eux, de même que ses cadres. Bien entendu, appartenir à un grand parti est nécessaire aussi bien au niveau des ressources matérielles que politiques.
La politique en elle-même est un métier qui prend beaucoup de temps et d'énergie. Les hommes politiques s'attendent à retirer de leur élection des gratifications symboliques comme du pouvoir, de la reconnaissance qui ne sont pas en accord avec la réalité.
Le discours politique récupère conjonctures, phénomènes extra-politiques et faits divers. Les électeurs finissent par croire que le politique est omnipotent et omniprésent, et leurs attentes augmentent d'autant. Les médias surexposent la politique et se focalisent sur les élections, accroissant démesurément leur caractère crucial. Le traitement de la campagne électoral par la radio et la télévision distord et simplifie la réalité plus encore. Les électeurs apportent leur adhésion à des propositions déconnectées des passions qui les agitent réellement. Philippe Braud nie que les résultats du scrutin soient la volonté générale et affirme qu'ils sont une somme de fantasmes.
 
 

Commenter cet article

Philippe. 08/01/2007 13:50

Vidéo intéressante mais le recours à la sanction financière, bof. Il serait plus intéressante prendre en compte les votes blancs, que ceux-ci puissent mettre le vote en échec.

Abbahoui 08/01/2007 11:36

Voici un petit film d'animation sur l'irrationalité du vote : http://www.dailymotion.com/Abbahoui/video/xxfg4_lirrationalite-du-vote.