Arrestation de dirigeants de l'Appo

Publié le par le collectif N.R.V

La crise sociale et politique au Mexique s’est aggravée quand le président a ordonné hier soir l’arrestation des activistes de l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO) qui avaient été convoqués aujourd’hui au Secrétariat du Gouvernement pour négocier. Le peintre Francisco Toledo exige une amnistie.

A la veille de la première rencontre entre l’APPO et le gouvernement de Felipe Calderon, l’Agence Fédérale d’Investigations a arrêté un des dirigeant assembléistes les plus visibles.

Flavio Sosa a été capturé dans la nuit de lundi dans la ville de Mexico, avec son frère Horacio et deux autres leaders du mouvement, après avoir donné une conférence de presse dans laquelle il a annoncé la reprise du dialogue au Secrétariat de Gouvernement, où ils étaient convoqués pour la journée d’hier.

Malgré ce qui a été qualifiée comme un signal de durcissement du gouvernement de droite, des représentants de l’APPO se sont présentés à la rencontre accompagnés par l’évêque émérite de San Cristobal de Las Casas, Chiapas, Samuel Ruiz, pour exiger la libération de tous leurs compagnons qu’ils considèrent des "otages politiques". Selon l’APPO, les arrestations d’hier soir visaient seulement le gouverneur priiste de Oaxaca, Samuel Ruiz. Dans la dernière semaine de l’administration de Vicente Fox, plus de 740 vérifications préalables ont été effectuées contre des militants de l’APPO.

Ce premier signal du gouvernement de Felipe Calderon a été pris comme un mauvais augure, puisque cela représente non seulement la continuité de la systématique politique de violation des droits humains de l’administration de Fox, mais aussi un durcissement sous le banal prétexte de conserver l’ordre et d’appliquer la loi.

Durant les six ans du gouvernement foxiste, le nombre de prisonniers politiques dans le pays s’est élevé à un demi-milliers, selon des chiffres divulgués cette semaine par des organisations non gouvernementales. Seulement le 25 novembre, après les plus violents affrontements entre manifestants et policiers fédéraux, 204 personnes ont été arrêtées dans la ville d’Oaxaca, desquels 141 ont été emmenés à une prison à presque mille cinq cents kilomètres de distance. Depuis le début du conflit, le 22 mai dernier, environ 300 personnes ont été arrêtées et 20 continuent à être disparues, soutient l’APPO. Selon le gouvernement oaxaqueño, ceux qui ont été arrêtés avant ce choc ont déjà été libérés. Les arrestations d’hier sont les premières qui peuvent être imputés directement au gouvernement conservateur de Calderon, bien que beaucoup d’analystes sont d’accord pour dire qu’il a été la partie active dans la prise de décisions depuis au moins deux semaines avant d’assumer la présidence.

Devant ce scénario, le peintre Francisco Toledo a demandé une loi d’amnistie pour les dirigeants détenus de l’APPO hier, et a annoncé la création d’un comité qui réunira des fonds -au moyen d’enchères d’art- pour payer la défense de la plus grande quantité possible de personnes qui "sont prisonnières injustement". Ce comité sera composé de quelques ONG de défense des droits humains, d’avocats, d’intellectuels et d’artistes comme Elena Poniatowska, Carlos Monsivais, Carlos Montemayor et Gabriel Macotela. Toledo a considéré indispensable une amnistie "pour commencer à parler réellement de concorde".

Pour l’instant, l’APPO analyse sa réponse à cette première offensive gouvernementale, qui rappelle la mobilisation de troupes contre l’Armée Zapatiste de Libération Nationale ordonnée en 1994 par le président de l’époque Ernesto Zedillo, précisément au milieu d’un ronde de négociations. Un porte-parole de l’APPO n’a pas écarté la possibilité de reprendre les rues et de monter des barricades expulsées par la Police Fédérale Préventive durant les deux dernières semaines. Ce qui est pour le moins certain, c’est que les arrestations d’hier ont réactivé les mobilisations et a déjà été annoncé une journée étatique, nationale et internationale le 10 décembre prochain (Jour International des Droits Humains) pour dénoncer les actions des gouvernements fédéral et local contre l’APPO.

Gerardo Albarrán de Alba, Pagina/12 (Argentine), 06 décembre 2006. Traduction : Fab, santelmo@no-log.org

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