Politique "sécuritariste" : la solution à la violence ?

Publié le par Lek

L’omniprésence policière est sensée assurer la sécurité des citoyens viennois. Ce choix politique n’est pas le reflet d’une situation locale concrète, il est celui de la mise en place par la bourgeoisie de tout l’occident d’un discours politique « sécuritariste ».  Pardonnez le néologisme, mais il semble nécessaire de nommer ce qui est une idéologie politique. On ne peut pas nier la violence du monde dans lequel nous vivons, et Vienne est loin d’être épargnée. Pourtant, du bleu partout à Vienne est-il la solution à cette violence ?

D'abord, nous allons voir comment la bourgeoisie impose sa vision de l'ordre (demain, surtout). Puis nous verrons que l'ordre bourgeois est incompatible avec les intérêts du peuple. Puis enfin nous verrons les problèmes que cause en lui même le sécuritarisme.

  

I L’imposition d’un ordre bourgeois

 

1 – Une vision idéologique de l’ordre dans l’intérêt de la bourgeoisie

 La bourgeoisie au pouvoir cherche à imposer au peuple tout entier sa propre vision de l’ordre.

 Ordre moral et sécuritarisme.

 Tout d’abord, le sécuritarisme a une forte dimension morale.

 L’ordre est pour les bourgeois celui de la bienséance. Certains comportements, qui sont pourtant hors de la sphère de la délinquance, apparaissent comme ne correspondant pas à la façon dont on doit se tenir selon les classes supérieures. La répression de la consommation d’alcool dans la rue (les flics vident par terre les bouteilles de bière péniblement achetées) en est un exemple, mais la bourgeoisie réprime bien plus que l’ivresse publique. C’est la façon de se tenir au sens propre qui est régie par un règlement. Poser ses pieds sur un siège de train est réprimé par une amende. Ce n’est pas parce qu’on risque de salir les vieux sièges, loin de là : c’est parce qu’on est sensé ne pas être avachi, couché, en public, mais se tenir assis convenablement. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autre : ne pas avoir le droit de dormir sur des bancs, ne pas avoir le droit de se coucher dans l’herbe correspondent aussi à une pénalisation de la malséance.

 Ensuite, la bourgeoisie cherche aussi à prévenir les conflits par la notion d’incivisme. Pour elle, conduire une énorme bagnole qui pollue un max n’est pas incivique, sauf en ce qui concerne son pendant post-matérialiste. Ce qui pour elle est incivique, c’est la remise en cause de son ordre social. La politesse est un capital qui n’est pas réparti équitablement et qui sert à déguiser la violence des rapports sociaux. Ce qui apparaît comme un comportement normal chez les classes populaires est vécu comme une violence chez les bourgeois. Pourtant, si les classes supérieures parlent à mots couverts, en viennent moins aux cris, les rapports sociaux que ses membres entretiennent entre eux ne sont pas moins violents. Quant aux rapports entre classes, élever le ton avec eux ou avec leurs agents (auquel cas on parle d’outrages et rébellion) est condamnable. Les classes populaires leur doivent le respect et la politesse.  

  Enfin, le moralisme bourgeois a aussi une dimension esthétique. Les entorses à la bienséance et à au civisme nuisent à la propreté des villes. En bas de l’échelle répressive, le crachat est très mal vu par les bourgeois, s’il n’est pas condamné. Mais il existe des victimes de l’ordre esthétique bourgeois. Se sont en premier lieu les sans domiciles, qui sont en eux même des violations vivantes de cet ordre. Avoir des SDF dans sa ville, ça fait pouilleux, ça fait sale, ils boivent, ils sont avachis, quelle horreur ! Pour la bourgeoisie, ils méritent d’être réprimés, ce que fait très bien la police à Vienne. D’autre part, les étrangers sont eux aussi des victimes toutes désignées. Rappelez-vous le bruit et l’odeur de Chirac : ce sont bien là des critères qui relèvent de l’esthétique. Les immigrés sont vus par les élites au pouvoir comme dérangeants dans leur paysage.

 La propriété privée comme principal support de la délinquance.

 Si la moralité est un élément idéologique important dans les discours répressifs, la protection de la propriété privée est la principale justification des politiques sécuritaires. 

 En premier lieu, posons nous une petite question. Pourquoi la police réplique-t-elle par les armes aux tentatives de braquages à main armée ? Pour protéger la population présente sur les lieux ? Non : pour le faire échouer, c’est à dire protéger l’argent ou la denrée convoitée. Et les policiers prennent des risques pour l’intérêt de l’institution menacée dans ses possessions. Quant aux convoyeurs de fonds, pourquoi n’ont-ils pas pour instruction de se protéger avant de protéger ce qu’ils transportent ? La vie humaine vaudrait-elle moins que la propriété privée ? Les actes crapuleux ne sont pas par essence violents, la violence est même contraire aux intérêts de ceux qui les commettent, même s’ils sont capables, pour atteindre leurs buts, d’en faire un usage extrême, persuadés eux aussi qu’ils sont que leur enrichissement vaut plus que des vies. Mais c’est bien parce que la bourgeoisie donne aux richesses qu’elle s’accapare une telle importance qu’elles sont convoitées plus que tout.  

 En effet, la bourgeoisie voit dans les attaques à la propriété privée des crimes inadmissibles. Elle a l’intelligence d’axer son discours dans toutes les directions. Elle focalise l’attention des classes populaires sur les voitures brûlées, ce qui est très malin car c’est extrêmement visible. Dans l’échelle de la délinquance, le vandalisme contre la seule propriété privée – le véhicule - des classes populaires est placé très haut par les médias comme dans les discours politiques. Mais c’est aussi à sa propre classe que s’adresse la bourgeoisie. La peur du cambriolage très présente chez les bourgeois. Les gendarmeries et polices, l’été, lorsqu’ils partent en vacances, surveillent leurs domiciles de façon assidue. Les bourgeois sont aussi les victimes de vols dans la rue (de téléphone mobiles, d’ordinateurs portables, de Ipod, d’argent) et les vols de rue même sans violence sont parfois condamné de prison ferme. Quant aux cambriolages, ils déclenchent des procédures extrêmement sérieuses et conduisent à la mise en détention. Il est vrai que les classes populaires subissent aussi vols et rackets, et le vivent aussi mal, mais la valeur marchande des objets dérobés chez les bourgeois est beaucoup plus importante et l’instruction prend en compte cette valeur.  C'est bien la propriété privée de la bourgeoisie qui est protégée et non pas les miettes qu'elle laisse au peuple.

Il y a une classe de délinquants qui dérobent des sommes astronomiques et sont beaucoup moins inquiétés que les cambrioleurs et autres artisans du vol : ce sont les cols blancs et surtout les hommes politiques. On verra plus tard qu’ils sont beaucoup moins intéressants pour la bourgeoisie, car ils ne rentrent pas dans le cadre des classes dangereuses, qui font leur retour dans les discours.   

 

   Le retour des classes dangereuses.  

 

 

   On voit s’affirmer un discours antipopulaire dans toutes les couches de la bourgeoisie. 

 

 

 Immoralisme, incivisme, saleté, crapulerie sont des adjectifs qui décrivent « la racaille ». Dans les discours, on est pas une racaille en fonction d’actes reprochés, on l’est par nature. On est sans emploi, rmiste ou chômeur, ouvrier, lycéen, étudiant, jeune au moins en apparence, on refuse de respecter l’autorité du professeur, de l’administration, on parle un peu fort en employant des mots pseudo-vulgaires, on est un peu basané, on a les cheveux rasés, on porte un survet et des TN, on habite en banlieue, on a un nom qui sonne pas français de souche, on traîne dans la rue, on fume du shit, il nous arrive de cracher par terre et voilà, ça y est, on est une « racaille ». Chacun de ces critères peut séparément définir "une racaille". Il suffit de rentrer à un moment donné dans l’un d’entre eux. Bien sûr, plus on cumule de critères, plus on est considéré comme une « racaille ». 

 

 

 

 

Ces personnes déclenchent chez les bourgeois une peur instinctive. Elle a peur pour son blé, pour sa sécurité physique. Mais dans les discours, elle cherche à imposer sa vision à l’ensemble de la société.  

Or, la description de la « racaille » correspond en fait aux jeunes des classes populaires. Il existe chez les classes populaires une délinquance, et la plupart des jeunes de classes populaires sont amenés à cohabiter avec la délinquance et ses auteurs. Ils désignent entre eux des personnes qui sont  de vraies putes, des raclures. Mais même les plus sages  jeunes de classes populaires sont considérés par les bourgeois comme de "la racaille". On assiste donc au retour des « classes dangereuses » dans les discours politiques. Un bien ou un mal ? Cela montre à vrai dire le fossé social qui sépare les classes et que le peuple fait peur aux dominants.

La suite demain (comment la bourgeoisie impose sa vision de l'ordre et par quels moyens concrets).

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chriscraft_ 11/12/2006 20:46

chez rosecelavi à voir