Le "sécurtarisme" vecteur d'insécurité

Publié le par lek

III Le sécuritarisme ajoute à l’insécurité

Non seulement le sécuritarisme est un discours qui n'a rien à voir avec une réalité, mais la mise en place de politiques ultra-sécuritaires aggrave l’insécurité.  

1 – Facilite l’entrée dans la carrière délinquante   

Dans le discours sécuritariste, la culpabilité préexiste aux actes illégaux. C’est en fonction de critères sociaux qu’on est défini dès sa plus tendre enfance comme prédestiné à la prison. C’est parce qu’on a des problèmes avec l’autorité, parce qu’on a pas la même culture que certains autres à l’école qu’on en dégage. L’institution scolaire ne laisse pas une chance, elle est impitoyable et broie ceux qu’elle n’estime pas comme rentrant dans ses cadres. Faut voir la différence sociale entre le Tech et Saint-Rom. On m’a déjà dit « si t’es un arabe, compte pas rentrer à st-rom » et il faut bien constater que c’est vrai (moins maintenant).  

 Une fois adolescent, beaucoup de monde a peur de vous parce que vous êtes à leur yeux une racaille, quelqu’un de dangereux. Et forcément, quand on fait peur, on en profite. Tout le monde vous demande du shit, serre son sac lorsqu’il vous croise. Lorsqu’on entre sur le marché du travail, on subit des discriminations et on est rejetés par une partie des travailleurs.   Finalement, il y a un effet performatif. C’est à dire que le discours crée une réalité. A force de s’entendre traité comme un criminel, et d’être exclu sous ce prétexte, il ne reste plus beaucoup de solutions. On peut être tenté d’endosser ce statut et d’essayer de survivre.   

D’autre part, la pure répression de la délinquance des mineurs est un vecteur de délinquance. Entre 13 et 18 ans, on ne risque pas la prison. Certains dirons que c’est un mal, car rien n’incite les gamins à arrêter leurs conneries. Ils prennent du sursis (enfin ça se passait comme ça quand j’étais plus jeune) et  plus rien jusqu’à 18 ans où ils vont en prison. Le suivi par les éducateurs est très limité, l’assistance psychologique inexistante. Quant à l’éloignement de la famille, dans des foyers, s’il permet à une minorité de se sortir de la délinquance, il professionnalise surtout les jeunes délinquants. La vie en foyer est dure, presque carcérale, et très violente. Et là aussi, la pénurie d’assistance sociale et psychologique ne permet pas aux minots de se construire. De plus, regrouper ainsi des jeunes ayant déjà commis des délits leur permet d’échanger leurs connaissances et d’apprendre ensemble. Chacun des garçons placés en foyer pour des raisons judiciaires a une connaissance d’un terrain particulier et en fait profiter ses camarades. Les foyers permettent de disséminer la professionnalisation de la délinquance.   

 

 2 – Creuse un peu plus les divisions  

Le discours sécuritariste a pour vocation de nous diviser. 

D’abord entre jeunes et adultes. Les adultes des classes populaires ne sont pas pris dans le réseau de relations qu’entretiennent les jeunes entre eux. La rue leur est étrangère ou ils ont oublié y avoir traîné. Voir présentés dans les médias tous les jeunes de leurs quartiers comme de dangereux délinquants leur fait déserter plus encore la rue. Le bruit relatif fait par les jeunes dehors, la nuit, leur fait peur et les énerve, ils craignent pour leur bagnole. Et voilà comment on se retrouve braqué par un flingue parce qu’on crie un peu fort. Et comment des mômes se font tuer pour un autoradio. 

La solution, ce n’est pas de sortir le fusil au moindre bruit suspect. Ce sont vos enfants qui traînent dans la rue, ou ceux de votre voisin. Il faut que les adultes s’investissent dans la vie sociale de leur quartiers et entretiennent des relations avec les jeunes. On crame beaucoup moins souvent la voiture de quelqu’un qu’on connaît. Les adultes appellent aussi souvent les flics : ils sont ainsi dépossédés de la mise en place de leur propre sécurité. C’est aux adultes des classes populaires de mettre en place leurs propres moyens de régulation de la délinquance. 

Le discours sécuritariste, en visant explicitement les jeunes-issus-de-l’immigration-maghrébine-habitant-en-banlieue, resurgit, on l’a vu, sur tous les jeunes de classes populaires. Ceux qui ne rentrent pas directement dans cette catégorie, bien que touchés, où qu’ils habitent, par la délinquance et ayant les mêmes pratiques que les jeunes de banlieue etc. qu’ils voient aux infos, ne se sentent aucune communauté d’intérêt avec eux. Des jeunes issus de l’immigration européenne habitant dans un petit village peuvent très bien cramer une bagnole et se plaindre deux minutes après « des bougnoules » de je ne sais où qui foutraient le bordel. Normal : étant invisibles médiatiquement, ils ne se reconnaissent pas dans « la racaille » car ils profitent eux aussi de cet exutoire pour ignorer leur propre délinquance. Quant aux jeunes de banlieue, ils occultent eux aussi la violence des rapports sociaux en dehors des cités. Mais en ce qui concerne les jeunes ruraux, la diffusion de la culture urbaine populaire permet de recréer l'impression d'intérêts partagés.

En ce qui concerne les rapports entre les hommes et les femmes, la politique « sécuritariste » est dangereuse également. Les jeunes des classes populaires et notamment d’origine maghrébine sont dépeints comme des violeurs et depuis quelques années, la peur des tournantes a fait son apparition. Les filles ont de plus en plus la trouille de sortir traîner dans la rue avec des mecs, et les mecs, du coup, sont de plus en plus après elles dès qu’elles mettent le pied dehors. En ce qui concerne les tournantes, il faut rappeler leurs véritables noms : viols collectifs. Ils existent partout et dans toutes les couches sociales. C’est arrivé à Septème, par exemple. Causés entre autre par l’absence totales de filles, les viols collectifs n’arrivent pas tous les jours. Mais la pénurie féminine provoque d’autres pratiques sexuelles dégradantes : certaines jeunes filles sont acceptées dans les groupes masculins histoire de servir de vide-couilles commun, voire de monnaie d’échange. Ces filles sont isolées des autres personnes du sexe féminin et étroitement dépendantes des hommes. Voilà le pire. Mais la situation des filles de classe populaire est très diverse, tout dépend d’où, avec qui, quand. Ce n’est pas tous les mecs qui se font tourner les filles entre eux. C’est même une minorité regardée avec dédain (officiellement) par la plupart des garçons, et ça ne fait pas de ceux qui s’adonnent à ces pratiques des violeurs sanguinaires. Le sécuritarisme ne fait que renforcer la peur des filles. Les garçons, eux, se sentent agressés par la propagande bourgeoise. Les jeunes banlieusards disent que c’est à la campagne qu’on se fait violer, les jeunes ruraux disent que ce sont les banlieusards (et les bourgeois eux, peuvent violer en paix). Les garçons de classe populaire doivent assumer le fait qu’il y a partout des viols et la réalité des problèmes entre hommes et femmes. 

Les filles doivent imposer le droit de traîner dans la rue, non en tant que potiche et trou, ni en établissant entre elles une rude concurrence pour la fréquentation de bandes masculines, mais en tant qu’individus ou groupes ayant légitimité à s’y trouver. Les jeunes hommes, quant à eux, doivent comprendre l’intérêt d’accepter les filles sur leur terrain, à établir des relations égalitaires et à partager leurs pratiques avec elles. Ils font souvent des boulots où ils rencontrent  peu de femmes. On ne partage pas d’histoire d’amour avec un vide couilles, ni avec une pute quand on peut s’en payer une. La mixité est l’assurance d’une vie sentimentale et sexuelle riche et intéressante. Et puis, la présence des filles dehors permet aussi la sécurité. Il y a des choses que des gars ne feraient jamais devant des filles. Alors, mesdemoiselles, si vous ne voulez pas que vos potes et vos frères finissent en prison, ne les laissez pas tomber et essayez de rester avec eux dehors même s'ils y sont réticents. Par contre, c’est vrai qu’il faut des fois rentrer, quand ça devient incontrôlable.

 L’idéologie sécuritariste est un danger pour nous. Si elle véhicule une part de réalité, c’est à dire que les jeunes de classes populaires sont les ennemis de la bourgeoise, elle tente de nous faire oublier que c’est elle notre ennemie à tous, quelque soient nos origines, notre âge, notre sexe. Le sécuritarisme vise clairement à nous diviser. Il nous pousse à avoir peur de nos frères, de nos voisins, de nos enfants.

 Nous refusons :     

 

 

  De laisser dresser entre eux les segments de la classes populaires , hommes contre femmes, jeunes contre vieux, petits-enfants d’immigrés maghrébins contre petits-enfants d’immigrés européens ou français de souche, français contre immigrés, ruraux et urbains contre banlieusards.   

 

D'assimiler les idéologies que la bourgeoisie tente de nous imposer.

  

La sécurité factice imposée à coups de politique sécuritaire quasi-coloniale.  

 

Nous revendiquons : 

Le rétablissement du lien social entre les individus de classe populaire, sans distinction de sexe, d’âge ou de lieu d’habitation. 

Le droit d'occuper une rue mixte et sûre et de nous y a adonner aux pratiques que nous considérons comme légitimes.  

 

La décriminalisation des fausses délinquances comme le statut d'immigré.  

 

Une milice du peuple pour nous et par nous et non plus une police bourgeoise contre nous.   

 

La vraie sécurité de pouvoir s’instruire, se loger, être assuré de ses moyens de subsistance, avoir des loisirs et le temps de s’occuper de ses enfants. Nous voulons travailler sans soumission violente, dans la sécurité physique, sans être mis en concurrence avec nos camarades.

 L’école obligatoire jusqu’à 18 ans pour laisser une autre solution à nos enfants que la délinquance. Cela ne se fera pas sans une profonde remise en question de l’école, qui est aujourd’hui inégalitaire.

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lek 16/12/2006 15:05

en ce qui concerne l'école, elle doit connaître une refonte totale pour justement ne pas ghettoïser en CAP mécanique ou je ne sais quoi. L'école jusqu'à 18 ans, c'est le bac pro pour tout le monde, au moins.
En ce qui concerne le commentaire absurde de Grain de Seul, il y a peut être des violeurs chez les infirmiers, mais le rapport de force n'est pas le même entre patient et infirmier et il y a beaucoup de filles. Si les étudiants en médecine violent, c'est parce que leurs études les rendent fous, ce qui n'est pas le cas des étudiants infirmiers.

Philippe. 16/12/2006 10:27

L'école obligatoire jusqu'à 18 ans? Ca ne pourrait fonctionner que si les ados ne s'y emmerdaient pas. Le risque est de dégoutter un peu plus des gens de toucher au scolaire, au savoir, aux humanités. Et puis, cela ne sert rien si c'est pour enfermer des personnes dans des filières en impasse. Cela ne peut avoir une valeur que s'il y a de la mixité sociale, sexuelle. Si c'est pour ghettoiser des hommes et des personnes avec le même profil dans les mêmes filières, ça n'a pas d'intérêt.

(En tout cas, avec ce billet, je pense que tu as trouvé un ton, Leklon, avec moins d'idéologie - je n'aime pas l'idéologie - plus de vécu.... Ton éclairage est intéressant.)

GRAIN DE SEL 14/12/2006 23:13

Non compri les infirmiers  !..bien sur   !...c'est vrai qu'il n'ont pas le niveau  !...ils portent pourtant la blouse blanche !!!!!!!!

SovietSiG 14/12/2006 15:21

35% des viols (il me semble) sont du fait d'individus ayant un niveau d'étude superieur à la licence. Ce sont principalement des étudiants en médecine. Plus de violeurs en blouse blanche qu'en survet'.