Se mobiliser pour les élections

Publié le par Lek

Certes, les modalités d’expression en démocratie bourgeoise (le suffrage universel à bulletin secret, le mandat non impératif) ne correspondent en rien à la panacée démocratique. Puisqu’elles ont été créées par des hommes, autant prendre une métaphore masculine. Fourer son bulletin dans une urne tous les cinq ans, c’est l’équivalant politique de baiser dans des chiottes crades avec une totale inconnue après une longue abstinence, à 4 heures du matin, bourré. Pas plus. Tu te décharges, et tu te tires. Et en plus tu te réveilles le lendemain matin avec une méga gueule de bois et la meuf t'as volé ton larfeuille pendant que tu la tringlais. Ce mode d’expression politique ne laisse aux citoyens ni responsabilité ni droits.

La démocratie directe, qui doit être un de nos buts, offre aux individus la possibilité d’entretenir des relations beaucoup plus enrichissantes au politique. C’est comme avoir un(e) petit(e) ami(e) (ou plusieurs). On ne peut pas se contenter d’aller tirer un coup de temps en temps : il faut souvent se rendre dans les espaces de décision, il faut parler, construire. Etre malhonnête est dangereux. On peut être déçu, c'est fatiguant, mais en contrepartie, les individus sont investis d’un pouvoir réel, permanent. Il doit il y avoir un cadre à la démocratie directe, mais ce cadre doit être décidé par les individus qui y participent. Certes, il y a dans les régimes d'assemblées directe des difficultés à résoudre (poids des orateurs, démagogie....)

Mais au moins, on ne serait pas floués par cette prostituée de république, qui en échange de rapports brefs et superficiels avec les citoyens, nous confisque constamment le pouvoir.

Toutefois, les individus, aujourd’hui, se contentent (et ils s’imaginent vivre pleinement leur pouvoir politique) de donner leur avis politique en mettant un bulletin dans l’urne. Une partie des abstentionnistes ne vote pas pour des raisons politiques et ils ont raison de ne pas vouloir se faire niquer. Tous pareils, c’est quasi-vrai. Si une partie de ces abstentionniste préfère d’autres modes d’action politique, beaucoup sont en retrait du politique. C'est eux d'ailleurs les abstentionnistes qui sont notre base la plus avancée, mais il faut les gagner à l'action politique.

Pour la plupart des individus, le bulletin de vote est la seule mobilisation politique. C'est ce qu'il faut contrer, c'est clair. Mais on doit aussi s'en servir. D’abord, le discours dominant médiatique et scolaire veut que l’élection soit déterminante. Ensuite, les électeurs les plus « éduqués politiquement » mais pas idéologisés (finalement, ce sont les plus moutons) essaient soigneusement de construire leurs choix politiques. Beaucoup se décident sur un coup de tête, en fonction des médias, en fonction de la gueule du candidat, souvent dans l’urne.

 

Ce n’est pas parce que certains (dont nous) préfèrent des modes d’action politiques plus directes que nous devons ne pas entrer dans les débats électoraux.

 En premier lieu, l’élection présidentielle, qui est censée être le moment phare de la vie politique française, est aussi le pire moment d’arnaque politique. Aucune chance pour les candidats de gauche progressiste, à un tel niveau. Au niveau national, la frilosité politique, l'absence d'une figure phare, et les gueguerres entre partis brisent toutes leurs chances. Les disparités entre les traitements médiatiques (le plus important), entre les moyens financiers des campagnes et le mode de scrutin (deux candidats au deuxième tour) rendent les choses très difficiles. Et puis, les candidats à la présidentielle sont toujours au sommet d’appareils de partis et donc très loin de nous.... Ce n'est pas l'élection présidentielle qui est la plus porteuse pour nous ni pour la gauche progressiste.... Si ce n'est qu'elles ne fait qu'ajouter à la frustration des électeurs de classe populaire !

Cependant, l’élection présidentielle n’est qu’une élection parmi d’autres. Les législatives (situées comme par hasard après les présidentielles), offrent des opportunités plus importantes à la gauche progressiste. Parce qu’il suffit de faire plus de 12,5% pour être au deuxième tour. Si on additionne les résultats des candidats de gauche progressiste (très large) sur la circonscription de Vienne, en 2002, ce chiffre est dépassé. La gauche progressiste est composée d'une partie du PCF, de LO, de la LCR voire d'un morceau des Verts mais le PS n'en fait certainement pas partie ! La médiatisation de la campagne est moins importante. Ce qu’on peut dire ou faire a une portée plus puissante. Quant aux municipales, la portée d’une activité militante même individuelle sur la campagne peut avoir de puissants effets (si on oublie les relations de clientèle et des pesanteurs de la vie municipale). Surtout, les gens qui pourraient être élus à la législative ou dans les élections municipales, régionales, cantonales, voire européennes, sont beaucoup plus proches physiquement de nous et nous pouvons avoir beaucoup plus de poids sur eux. On doit soutenir la gauche progressiste locale. Si ce sont des candidats que nous connaissons (ou que nous pourrions facilement rencontrer) physiquement et que nous les apprécions pour leurs opinions réellement de gauche.  Surtout qu'on est pas à Lyon !

 

Non, nous ne croyons pas que les élections amèneront les changements que nous désirons. Ce qu'il faut déjà donner aux classes populaires, c'est l'espoir d'un changement. L'espoir vient de la mise en oeuvre d'une action politique, et voter est une action politique comme une autre (certes pas la plus intéressante). Puisque les élections sont le principal moment de mobilisation pour la plupart des citoyens, des bourgeois aux classes populaires, nous devons nous mobiliser nous aussi. Nous devons démontrer la faiblesse dans laquelle nous laisse le système politique et le rejeter et soutenir des candidats locaux, à condition que nous puissions les appeler nos camarades.

Qu'importe que nous choissions personnellement ou pas d'aller voter : ce qui compte, c'est que nous nous battions au moment des scrutins comme nous allons manifester. Manifester non plus n'a jamais boulversé l'ordre des choses (cela dit ça forme plus à l'action politique que de voter). C'est pas parce que nous voulons tout que nous ne devons pas combattre le pire. Toutes les occasions de mobiliser et de faire réfléchir sont bonnes à prendre, même si elles ne nous permettront pas d'assurer notre succès immédiat et celui des classes populaires. Sans démagogie, sans sacrifier à nos buts, nous pouvons agir sur le terrain électoral.

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