La rue… Elle est à nous et on a besoin d’elle !

Publié le par lek

 

Les jeunes de classe populaire se rencontrent dans la rue. C’est là qu’ils passent leur temps et qu’ils grandissent. C’est le cas aussi bien chez les jeunes urbains que ruraux, mais l’endroit où la vie de rue est la plus intense chez les jeunes (parce qu’il n’y a rien d’autre que des rues), c’est dans les espaces soit de périphérie urbaine, soit dans les zones dortoir. Les jeunes ruraux doivent obligatoirement bénéficier d’un moyen de transport et vont parfois s’agréger à d’autres espaces où le nombre de gens qui traînent est plus important.

Eux sont donc parfois amenés à se déplacer, mais la plupart des jeunes qui traînent restent au même endroit, dans des périmètres parfois très réduits. Si certaines rues sont ouvertes largement sur l’extérieur, parfois, certains groupes de jeunes se les réservent. La sélection se fait soit par les rapports de force, soit par des attributs comme l’endroit d’où on vient, le casier… La problématique n’est pas exactement la même pour les filles. Elles ont beaucoup moins à prouver. Mais elles doivent assurer leur sécurité et pour ça, il faut un minimum de street credibility.

Occuper la rue force les jeunes à se rencontrer, à se confronter, à se supporter. Les groupes et les individus se mêlent, se mélangent, se défont. De toute façon, ces jeunes n’ont pas bien le choix en ce qui concerne leurs fréquentations. Sans parler des vrais amis, ils traînent avec ce qu’il y a et qui ne leur a pas encore carroté ou défoncé la gueule. Et encore, on apprend le pardon en trainant dans la rue, parce que souvent on n’a pas le choix.

La vie sociale d’un jeune qui squatte dans la rue est très intense, bien plus que celle d’un mec qui se contente de faire lycée-maison. Elle est aussi dangereuse, d’autant plus que les recours à la Justice Bourgeoise (qui est leur ennemie) sont mal vus et de toute façon inutiles.

Les expériences qui les mèneront à l’âge adulte les jeunes de classes populaires sont faites à la fois de bonheurs et de violences. Quelqu’un qui a squatté dehors dès son plus jeune âge est pris dans un réseau très vaste d’autres personnes (eux-mêmes pris dans des réseaux légèrement différents) qui peut se disloquer violemment, s’émousser avec le temps, mais qui gardera du sens tout au long de leur vie. Ils en resteront marqués.

C’est de la rue, chronologiquement avant du travail, que naît la fraternité de classe.

D’autre part, la rue est un lieu de socialisation pour les classes populaires de tout âge. Rappelez-vous du forum romain. Dans la rue, les informations, qu’elles soient locales ou non, circulent, en dehors des médias bourgeois. La rue permet de remonter à la source des informations locales. C’est un contre pouvoir à la propagande bourgeoise. De plus, la rue, comme les bars, sont un lieu de débat permanant.

Dans l’Histoire, la rue a joué un rôle majeur dans les révolutions. C’est parce que les gens pouvaient discuter entre eux, et réfléchir ensemble que les paysans sont allés brûler les châteaux de leur seigneurs pendant la révolution Française, c’est de la rue qu’est née la Commune de Paris.

La bourgeoisie sait que la rue est dangereuse pour elle, et elle essaie de nous en priver.

Elle-même ne connaît pas la rue. Adolescents, les bourgeois ne trainent pas, ils vont chez leurs amis, ils vont faire du cheval, il vont au ciné, mais traîner du matin au soir et du soir du matin, non, les parents ne laisseraient jamais faire ça. Ils passent directement de l’espace privé de chez leurs parents à l’espace privé de leur appartement. La rue et les gens qui y trainent, qu’ils n’ont jamais rencontrés, leur font peur.

Elle essaie de nous forcer à faire de même. Déjà, il y a un effet vieillissement. Plus on vieillit, plus on s’encroute et moins on a envie d’aller traîner par -5 °C. Cet effet pourrait être facilement contré si on avait des rues animées un peu tout le temps, des marchés (plutôt que des centres commerciaux), des repas de quartiers...

La bourgeoisie use de la propagande pour que la rue fasse peur au peuple. Elle dresse les jeunes contre d’autres jeunes (les enfants d’immigrés européens et français contre les enfants d’immigrés non européens). Elle dresse les adultes qui n’ont plus de contact avec la rue que par le biais de la télé contre les jeunes par cette même télévision. Elle dresse les filles contre les garçons, et les garçons contre les filles par la même télé et par la récupération des associations comme ni putes ni soumises. Certes, il n’est pas facile aux filles de s’imposer dans la rue sans passer pour une pute, mais le fait de passer pour une pute ne les met pas forcément en danger (au contraire, d’ailleurs, souvent, les mecs se détournent d’elles). Donc, une fois dépassées la méfiance du côté des filles et les rumeurs du côté des garçons, il est dans beaucoup de cas possible d'établir des relations amicales. Et filles et garçons sont soumis aux mêmes dangers. En plus, dans la rue  ça pose beaucoup moins de problèmes de morale à s’attaquer aux garçons.  Enfin, les bourgeois dressent ceux qui occupent le terrain les uns contre les autres en les maintenant dans la misère tout en les mettant en concurrence pour l'accession aux quelques biens qu'ils peuvent obtenir de la rue (en se volant).

Et comme ça ne suffit pas, la bourgeoisie fait du fait de traîner dans la rue un délit. Tout d’abord par la peur : elle fait tourner les flics et fait subir des contrôles d’identité aux gens qui squattent. Parce qu’ils squattent. Elle interdit les regroupements en bas des immeubles. Elle interdit dans certaines communes le simple fait de se regrouper dans la rue à plus de 3 ! Elle interdit aux gens d’exercer dans la rue des activités légitimes, comme le fait de fumer un joint ou de boire une bière. Elle édicte des arrêtés interdisant aux mineurs de trainer la nuit. Elle enlève les bancs des rues. Bref, elle emmerde les classes populaires pour que ceux et celles qui persistent à trainer malgré la propagande télévisée rentrent chez eux.

 

  Nous avons besoin de la rue, et nous devons revendiquer notre droit à l’occuper.

Nous devons nous battre pour une rue mixte et sûre et pour avoir le droit de nous y adonner aux pratiques que nous considérons comme légitimes.   Pour assurer notre sécurité, nous devons nous battre pour que ceux qui la fréquentent aient des moyens suffisants pour ne pas s'entredéchirer. 

Nos rues doivent être libres d’accès à tous les individus de classe populaire, sans distinction d’origine spatiale, d'origine tout court, de sexe ou d’âge. La mobilité spatiale des classes populaires doit être assurée. De plus, nos devons combattre les lois ultra-sécuritaires.

 Nos rues doivent être animées, et nous devons pour cela revendiquer une politique culturelle en faveur de la culture non-bourgeoise de rue, des marchés, du sport, des fêtes.

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llh 02/01/2007 14:40

oui, mais les bars et les salons (je parlerais plus de garages, de chambres) sont une extension de la rue.

Arteashow 02/01/2007 11:16

happy yipee youpi new year 2007! :))all my best wishiiizes !Artea :))

Philippe. 01/01/2007 19:28

Pour ce qui concerne le centre ville viennois, le marché du samedi est tout de même un bel exemple de la possibilité d'avoir un marché populaire.

Je n'ai pas l'impression que la rue soit interdite, à part par les bagnoles.

Concernant la conscience politique, il me semble, peut-être à tort, que les cafés jouent un rôle important, ainsi que les salons, quand c'est possible, qui ne sont pas tous "bourgeois" (les colocations les rendent possible).