Nécessité de la violence

Publié le par Enver Hoxha

« On ne peut changer les choses avec les mêmes moyens que nos adversaires » : cette phrase est souvent employée pour dire que si le gouvernement est violent, en étant nous-mêmes violents, on devient comme lui. Il est tellement facile de mélanger les concepts et les choses. Mais allons plus loin : en aucun cas notre violence serait celle du gouvernement. Nous ne voulons pas organiser une force policière pour contrôler les gens. On se démarque de nos adversaire dès cela. Nos moyens sont différents : nous ne prônons pas l’utilisation de la force pour réprimer la contestation. Nous ne sommes pas payé-e-s pour faire cela. Les flics agissent violemment parce qu’ils en ont reçu l’ordre. Si on leur demandait de pelleter de la neige à la place, ils le feraient. Nous agissons par nécessité, pas eux ; que ce soit pour notre survie, pour se défendre ou pour faire changer une situation que nous considérons intolérable. Personne n’oblige quelqu’un à devenir flic ; nous sommes pauvres par obligation, pas par choix. La violence devient alors non pas un choix, mais une nécessité tactique.

« On ne répond pas à la violence par la violence » : sentence clef du mouvement pacifiste qui tend à démontrer (en conséquence de la première affirmation) que la violence ne fait qu’engendrer d’autres violences. À cela, on n’a qu’à répondre : oui, et puis ? Il n’y a aucun problème à vouloir qu’une violence de la part des autorités engendre une réponse violente de notre part. Et puis, la violence, on la subit quand même, alors elle est présente, nous ne décidons pas unilatéralement d’utiliser la violence de n’importe quelle manière et sans raison. Nous sommes capables de justifier son emploi ; que ce soit en cas d’autodéfense ou parce que c’est la seule façon de faire changer les choses.

« Il faut être conséquent : nous désirons une société non-violente, alors nous employons des moyens non-violents » : oui, nous sommes conséquent-e-s, c’est un fait, mais qui a dit que nous désirions une société non-violente ? Oui, nous désirons la fin des guerres, la fin de la violence organisée par l’État. Mais nous désirons surtout une société où les gens vont être capables de répliquer à la violence, et de s’organiser en fonction de la violence des autres, pour la minimiser, pour jouir du plus de liberté possible. Cette affirmation, de la part des pacifistes, dénote une coupure radicale entre la théorie et la réalité. Même si nous croyons que dans une société idéale, personne ne devrait employer la violence contre quelqu’un d’autre, cela ne veut pas dire que cette visée de l’esprit peut s’appliquer ici et maintenant. Il ne faut pas oublier que ce sont les intérêts de grands capitalistes qui justifient leur emploi de la violence pour arriver à leur fin. Tant que ces conditions vont exister, il sera impossible d’enrayer la violence, de leur part comme de la nôtre.

« Laissons à l’État le soin d’agir violemment » : cette affirmation de la part des non-violents est terrifiante. Cela veut dire que nous acceptons illico de ne pas nous battre à armes égales. Sous quels prétextes ? Simplement que nous voulons une société non-violente ? La société capitaliste tire une grande partie de sa force dans le monopole de la violence et en ce sens, c’est bien plus jouer son jeu d’accepter ce monopole que de le dénoncer en agissant. Ne faisons rien de ce que l’État veut, plutôt que de ne rien faire comme eux. Personne ne peut prétendre que toutes les fonctions de l’État sont négatives et à rejeter. Nous prétendons plutôt que l’État ne devrait pas exister parce qu’il a le monopole de discours, de représentativité, d’action sur ces fonctions et qu’il agit selon ses propres intérêts et non dans les intérêts des gens concernés. Nous voulons que chaque personne, chaque groupe d’affinité, chaque collectivité puisse décider du bien qui lui est propre, et cela inclut aussi l’usage de la violence. Une collectivité qui décide de s’organiser violemment contre une agression extérieure est légitime. Une collectivité qui décide d’en agresser violemment une autre ne l’est pas, et cela finit là. Il n’est pas besoin d’être bien renseigné-e pour voir la différence entre les deux types de violence.

« Toute violence est mauvaise, parce qu’elle est violente » : souvent, les non-violents regroupent sous une seule bannière toute sorte de phénomènes qu’ils qualifient ainsi de violence. Le problème, c’est que souvent, tout ce qui va à l’encontre de leur position politique est considéré comme violent. C’est un moyen que ces gens utilisent pour agir d’une manière beaucoup moins radicale qu’ils ne veulent le laisser croire. Le CANEVAS (organisation altermondialiste qui s’est manifestée lors du congrès de l’OMC à Seattle en 1999, où les affrontements violents entre police et Black Blocs furent nombreux) en est un bon exemple. Il est théoriquement contre l’État, le capitalisme, etc. Mais dès que vient le temps d’apporter une critique plus globale de l’État et du capitalisme, critique qui implique qu’on agisse contre ces phénomènes, on se retrouve au banc des accusé-e-s parce que nos tactiques sont considérées comme violentes. Si on regarde un peu plus loin, on se rend bien compte que les revendications de ces groupes restent tout à fait réformistes sans grande envergure. Ainsi, la destruction de la propriété privée devient violente. Le fait de crier des noms aux flics que l’on déteste est violent. Le slogan « la police au service des riches et des fascistes » est même considéré comme violent par le CANEVAS ! Pourtant, ces gestes n’entrent pas dans leur définition plus générale de la violence. On catalogue après coup les actes qui sont mal vus de la part des leaders du mouvement. En fait, toute action ou parole subversive, ou qui peut entraîner un débordement ou une perte de contrôle de l’action par les organisateurs, est stigmatisées du sceau de la violence, même si ça n’a rien à voir. C’est à se demander si une femme qui assomme ou tue ses violeurs pour ne pas être violée est considérée comme violente. D’ailleurs, dans ces cas, on voit bien toute la contradiction d’un tel système de pensée. Il ne faut pas nier la source initiale de violence, celle qui déclenche notre propre violence, car c’est toute la différence. Les personnes qui déclenchent la violence sont d’accord pour l’employer et donc la trouvent d’avance justifiée et justifiable. En répliquant violemment, nous nous battons avec des gens qui acceptent l’usage des ces moyens. Nous sommes forcé-e-s de les employer, alors que ceux-ci ne le sont pas. Ils sont les seuls coupables de notre propre violence.

« Être non-violent est l’action la plus radicale qui soit » : cette idée court souvent, pour dire que cela demande plus de courage et de radicalité de s’asseoir devant une ligne de flics et de se faire arrêter et même tabasser que de s’en aller devant une forte pression. Il est assumé ainsi qu’il est plus utile de tenter par tous les moyens de résister pacifiquement, et donc que l’efficacité de l’action est plus grande en restant assis, que de reculer devant l’anti-émeute. Mais revenons sur terre. Si notre objectif est d’empêcher une conférence, de bloquer la rue, etc., ce n’est pas une fois dans le panier à salade que nous sommes efficaces. L’efficacité d’une action dépend de notre capacité à tenir le plus longtemps possible. En reculant en temps voulu, en revenant à la charge, en détruisant les lieux physiques, nous gagnons en force, nous faisons perdurer une situation au-delà du temps permis par les autorités. Nous ne donnons pas le pouvoir aux forces de l’ordre de décider du moment où l’action doit prendre fin, nous agissons selon notre propre agenda, nous gardons notre liberté d’action. Une personne est rarement plus utile en prison que libre.

« Résister pacifiquement crée un "empowerment" incroyable » : on emploie souvent cette phrase pour dire que l’action pacifique permet aux gens de reprendre confiance en eux et qu’elle apporte une prise de conscience de la possibilité de résister. En fait, la résistance, qu’elle soit violente ou non, crée cet "empowerment". Cependant, se faire arrêter démontre très bien qui possède le gros bout du bâton, tandis qu’être capable de défier impunément les canons de l’ordre établi encourage à recommencer. Une personne sous mandat ou qui fait face à des procédures légales voit son autonomie d’action restreinte par rapport à d’autres qui peuvent jouir de leur pleine liberté. Voilà pourquoi il est ridicule d’accepter de se faire arrêter. La première phase de l’intériorisation de la répression passe par le consentement que l’on donne aux forces répressives d’agir à leur guise sur notre personne.

« L’action non-violente attire la sympathie contrairement à l’action violente qui est tout de suite dénoncée » : il est vrai que dans la plupart des cas, l’action non-violente ne sera pas autant stigmatisée que l’action violente. Mais derrière cette dénonciation/acceptation, il y a tout un système médiatique et légal qui agit selon ses intérêts. Si l’action pacifique est mieux présentée dans les médias, c’est parce qu’elle dérange moins. Il ne faut pas oublier que les médias appartiennent à des grands capitalistes qui n’ont pas envie que l’on s’en prenne à eux. Une action violente est par définition incontrôlée (par un groupe restreint, on s’entend). Donc ces gens vont vouloir que les manifestations restent sous le contrôle de personnes qui ne désirent pas s’attaquer à leurs intérêts. On l’a bien vu, dès que les intérêts privés sont ciblés (exemple : Conseil du Patronat) la répression et la couverture médiatique change du tout au tout même pour une action non-violente. Il s’agit donc de ne pas laisser aux journaux bourgeois le soin de déterminer pour nous ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. On l’a vu à Seattle, les manifs violentes ont aussi entraîné la sympathie de bien des gens partout dans le monde, parce que ce qui se passait touchait la planète entière et que les intérêts de classe se manifestaient. Les médias ont censuré, dénoncé, etc., mais la population (du moins une partie) a gardé sa sympathie envers le mouvement.

« La répression dans le cas d’une action non-violente ne peut que nous être favorable. Dans le cas où les autorités ne réagissent pas, nous atteignons notre objectif, et dans le cas où les autorité réagissent, nous entraînons sur nous la sympathie populaire qui fera grossir le mouvement » : cette affirmation est loin de s’être réalisée par le passé. D’abord, il faut se questionner sur les objectifs. Bloquer pendant une journée un édifice gouvernemental (exemple : complexe G) ou tenter de bloquer une conférence quelconque (opération SalAmi) ne représente pas une énorme victoire. Ce sont des actions sans lendemain. Obtenir vraiment quelque chose nécessite un travail plus long. Évidemment, si notre seul objectif est de bloquer tel ou tel endroit pendant une journée, la victoire peut être possible. Mais il semble que les revendications de ces actions étaient plus importantes... Et si les autorités réagissent et répriment l’action, un mouvement de sympathie jaillira-t-il de la population outrée ? Non, ce n’est jamais arrivé. Les arrestations à l’opération SalAmi n’ont jamais abouti sur rien. Cette idée n’est qu’une vue de l’esprit sans lien avec la réalité. Il ne faut pas oublier que pour attirer la sympathie, il faut que les gens soient au courant des dessous de l’action, et ce ne sont pas les médias qui vont le faire. Alors, ce doit être les gens qui participent à ces actions, par le biais de journaux, de comités de mob, etc. qui en promulguent le pourquoi du comment.

« Enfin, l’argument suprême : "Gandhi et Luther King" ont réussi à changer les choses sans violence » : voilà, voilà, on ressort les fantômes du passé pour justifier notre action présente, dans un tour de force de démagogie. Mais en fait, qu’est-ce qui a vraiment changé ? Gandhi a libéré l’Inde ? D’abord, ce n’est pas Gandhi seul qui a fait libérer l’Inde. Des mouvements pacifistes comme celui-là, il en existait depuis un siècle en Inde ; pourquoi celui de Gandhi aurait-il libéré l’Inde ? La population, d’ailleurs, était loin d’être unilatéralement non-violente (ex. : Poulandavie – je ne suis pas certain de l’orthographe). L’Angleterre était d’ailleurs en train de perdre une à une ses colonies (dont la Chine qui était loin de le faire d’une manière non-violente), et le coût du système colonial était de plus en plus élevé pour la couronne qui ne jouissait plus des avantages du mercantilisme dans une société capitaliste industrielle. D’ailleurs, les grand bourgeois Anglais ne se sont jamais retirés de l’Inde. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils étaient toujours les bienvenus. Et puis en se retirant de l’Inde, l’Angleterre a laissé un cadeau empoisonné : la partition du Pakistan, aujourd’hui dictature religieuse. C’est donc ça la victoire de Gandhi ? Victoire arrachée alors que le système colonial se démantelait ? Et Martin Luther King là-dedans ? Il aurait été, à lui seul, l’acteur de l’émancipation des noirs américains, et ce d’une manière non-violente. Mais faut-il rappeler que le bon pasteur collaborait avec l’État qui l’oppressait, et qu’il a gentiment accepté la répression violente des émeutes noires à Chicago ? À cette époque, des groupes tels que le Black Panthers Party étaient en train de déstabiliser le système capitaliste et de recueillir un énorme support dans la jeunesse de la classe moyenne blanche, qui elle aussi se révoltait. Le danger d’une insurrection était bien réel, et Luther King a plutôt servi à canaliser les plus modérés, et surtout les plus conservateurs, pour empêcher une vrai libération du peuple noir et des autres peuples. De toute façon, le résultat est toujours mitigé, plus de 30 ans après. Les noirs sont toujours un des peuples les plus opprimés en Amérique, et la pseudo-action de Luther King n’a que contribué à empêcher une libération plus totale.

 

Ce texte a été rédigé dans le cadre de la lutte contre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) après son Congrès à Seattle en 1999.

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SovietSiG 04/03/2007 00:37

Dire que cela à eu une influence descisive est également une hypothèse. Mais par rapport aux faits, on découvre que l'Allemagne était dejà perdue avant même Koursk.

Aurelien 22/02/2007 09:50

Personnellement, je ne me permettrais pas de juger ainsi et de refaire l'histoire. Chaque action a eut un rôle, dire que sans l'un ça n'aurait rien changé, ça tient de l'hypothèse, et je ne pense pas que tu ai des dons divinatoires... Avec des "si" on peut tellement faire... Enfin si cette vision de l'histoire t'arrange, tant mieux pour toi, chacun prends du plaisir où il veut.

SovietSiG 21/02/2007 19:31

Tu n'as pas tort, mais il ne me semble pas que ni Overlord, ni l'Italie ne furent decisifs. En effet, si ils ont précipité la chute du nazisme, dès Koursk celle-ci était inéluctable.
Les bombardements aériens n'ont pas plus influencés durablement le cours de la guerre, ils ont échoué à detruire le tissus industriel Allemand (la production d'armes par l'Allemagne n'a céssé d'augmenter, jusqu'à la conquête des usines). Quand aux raids de terreur lancés par Churchill sur la population allemande, il n'y a rien à y ajouter. Seul l'épuisement par cette guerre d'usure de la Luftwaffe à eu un impact

Aurélien 21/02/2007 19:04

Et alors est ce que j'ai dit que l'URSS n'y était pour rien  ? Non !Juste que nuancer sur le point qu'elle n'a pas fait tout toute seule.Tu ne peux pas ignorer ce qu'on fait les autres belligérants, oublier les batailles décisives comme la bataille d’Angleterre, El-Alamein, La conquête de l'Italie, l'opération Overlord, les bombardements sur l'industrie Allemande, la maitrise des mers par les occidentaux etc. Pour moi oublier et nier la part de chaque nation, c'est du révisionnisme.Maintenant, si tu veux jouer au jeux du "j'ai la plus grosse", "mon camps est mieux que le tien", alors oui pas de soucis, l'URSS est sans doute L'acteur déterminant de la chute du Nazisme. Déterminant, mais je le répète encore une fois, pas le seul. Ne me cherche pas également sur ce terrain, je suis également passionné d'histoire.

SovietSiG 21/02/2007 14:57

Ton révisionisme te désonhore. Les accords de Munich qui ont conforté Hitler dans sa croyance que les démocraties bourgeoises étaient faibles politiquement, tu connais?
Quant à l'Union Soviétique, vu les dirigeants anti-communistes qu'étaient Churchill, Daladier, Chamberlain, Jospeh Staline n'avait pas plus d'interet à s'allier avec eux. Pour lui, les democraties bourgeoises et le nazisme étaient la même engence.
Dans le même temps je te conseille de regarder un peur les ouvrages écrits sur le pacte Molotov-Ribentropp, ceci t'éclairera sur les craies raisons de ce pacte. En particulier le refus des occidentaux de s'impliquer dans la "defense globale" voulue par Staline.
Venons en aux faits. Sur le front de l'Est l'Allemagne et ses alliés perdirent 70% de leur aviation, 78% de leurs chars et 74% de leur artillerie. L'Allemagne alignait 783 divisions, dont 607 furent écrasées par l'Armée Rouge.
Les grandes défaites de l'Allemange ont eu lieu devant Moscou, Leningrad, Stalingrad. Les nazis ont vu leur machine de guerre épuisée par la combativité de l'Armée Rouge, c'est en effet sur ce terrain que la guerre à été gagnée. Considerer la France comme gagnante de la guerre au détriment de l'Union Soviétique se nomme du négationisme.
Et je rapelle que les partisants russes et des autres pays de l'est formaient une puissance autrement plus redoutable que tout ceux que l'occident alignaient.
Je me permet également de citer certains personnages qui n'ont rien de communistes:

 

Le général Charles De Gaulle :
 

"Les Français savent ce qu'a fait
la Russie
soviétique et ils savent que c'est elle qui a joué le rôle principal dans leur libération !"

Franklin Roosevelt, Président des USA : 
 

"Il m'est difficile d'ignorer ce simple fait que les Russes tuent plus de soldats ennemis et détruisent plus d'armement ennemi que tous les autres 25 États des Nations Unies pris ensemble !"

Ernest Hemingway, écrivain :
 

"Chaque être humain qui aime la liberté doit plus de remerciements à l'Armée Rouge qu'il ne puisse payer durant toute une vie !"




 
Albert Einstein (en 1942) :
 

« Sans
la Russie
, ces chiens sanguinaires (...) auraient atteint leur but ou, en tout cas, en seraient proches. (...) Nos enfants et nous avons une énorme dette de gratitude envers le peuple russe qui a enduré tant d’immenses pertes et de souffrances. La manière dont (
la Russie
) a mené sa guerre a prouvé son excellence dans tous les domaines de l’industrie et de la technique. (...). Dans le sacrifice sans compter et l’abnégation de chacun, je vois une preuve d’une détermination générale à défendre ce qu’ils ont gagné (...). En Russie, l’égalité de tous les peuples et de tous les groupes culturels n’est pas qu’une parole en l’air : elle existe vraiment dans la réalité. (...) »
 

 
Me cherchez pas sur ce terrain, je m'y connais^^