300, un film fasciste ?

Publié le par KLUT

300, depuis sa sortie, nourrit une polémique. C'est sûr qu'il ne laisse pas indifférent. En ce qui concerne son ésthétique, on n'en parlera pas ici. Non, on va s'intéresser à deux aspects historiques faussés par ce film car ils ont des impacts politiques majeurs. C'est pas un film à mettre devant des yeux innocents et naïfs. Vous pouvez voir 300 ici.

Les spartiates, une minorité exploitrice et eugéniste

D'abord, le réalisateur oublie de décrire certains aspects peu reluisants de la société Spartiate. En faisant une naturalité de la supériorité spartiate, il avalise toute l'organisation sociale.

En ce qui concerne l'organisation de la société spartiate, certes, il régnait une relative égalité entre citoyens, étant donné le peu de richesses qu'avait Sparte. Mais ce qu'oublie de montrer le réalisateur, c'est que les vrais citoyens spartiates étaient une minorité chez eux mêmes. Ils vivaient de l'exploitation des hilotes, une population agricole asservie. Un autre groupe était dominé : les périèques, étaient des hommes libres, étaient hoplites (les soldats, comme dans le film), mais ne jouissaient pas de tous leurs droits. Pendant l'agoge (initiation à la dure) que le film évoque, les jeunes spartiates devaient vivre en volant et tuant les hilotes. Ceux-ci se sont révoltés, d'ailleurs, au cours de l'Histoire spartiate. Ca, ça ferait un bon film.

C'était un rang aristocratique à tenir qu'être citoyen. C'est la dureté des conditions de citoyenneté qui finalement réduira le nombre de homoioi, "égaux" (les citoyens) à 1200, en 371 (où 400 d'entre eux sont tués). Les batards, par exemple, n'étaient pas non plus pleinement citoyens. Le droit du sang conditionnait l'accès à la citoyenneté : il fallait être de père citoyen et de mère fille de citoyen. La société basée sur des citoyens-hoplites était nettement oligarchique mais Sparte, même entre homoioi, entre citoyens, n'était pas démocratique dans ses institutions.

Les spartiates se sentaient supérieux aux autres grecs car ils étaient la plus parfaite incarnation du citoyen-hoplite. Le passage où Léonidas demande leur métier aux soldats grecs est intéressant. En Grèce, ceux qui travaillaient, comme les artisans, ont eu beaucoup de mal à s'imposer comme étant légitimes à participer à la vie politique et militaire. Cela nécessitait de pouvoir ne pas travailler et de se payer l'armement. Les citoyens athéniens les plus pauvres ont obtenu grâce au misthos (indemnité), de faire financer leur participation politique et la marine légitimera tous les citoyens comme le méritant. Mais ça n'a pas duré.

La solidarité entre ces hoplites était construite dès leur enfance. Ils vivaient ensemble toute leur vie, prennent leurs repas en commun. Même si dans le film Léonidas se moque des penchants homosexuels des athéniens, les spartiates eux-mêmes valorisaient les relations entre hommes. Les femmes, elles, si elles avaient plus de liberté, étant donné l'absence des hommes, qu'ailleurs, n'étaient pas du tout leurs égales.

Le film ne se trompe pas par rapport au rôle de l'argent : en effet, la monnaie était quasiment absente de Sparte et quand elle afflua, elle déstabilisa cette société.

La vie que mènaient les spartiates est palliée d'épreuves extrêmement difficiles, eugénistes : déjà, les bébés étaient examinés par les anciens qui décidaient de le laisser vivre ou non en fonction de ses caractéristiques physiques.

Bref, ces "hommes libres" que glorifie le film représentent une minorité, certes égale entre elle, mais une minorité qui exploitait violemment la majorité.

Une reconstruction historique d'extrême droite

Secondement, le sens qui est donné à la bataille des Thermopyles est très anachronique, politisé.

Le réalisateur se place d'emblée du côté des grecs, et même pas du côté de l'historiographie greque, qui est plus mesurée et (un peu) moins xénophobe que ça.

Dans le film, les perses sont des bouffons qui ne ressemblent même pas à des humains, ils parlent comme des barbares (ils poussent des cris). Leur ménagerie fait penser à un cirque. Leurs dirigeants sont "lopétisés" (selon l'idée de virilité chère aux fascistes), ce qui revient à dire qu'ils sont corrompus, dégénérés (par le métissage ?). Enfin, les grecs finissent par s'habituer aux perses puisqu'ils bossent ensuite pour eux en tant que mercenaires ! Mais le réalisateur fait bien plus que d'évoquer la vision que peuvent avoir ces péquenots de spartiates, jamais sortis de leur foutu péloponnèse, de la grande armée Perse.

Il attaque les caractéristiques politiques de la Perse. Les populations fournissent des soldats, mais ils ne seraient pas suffisamment attachés à leur empire par un ferment culturel commun. A l'inverse des spartiates, qui seraient liés à leur terre, à leur sang, entre eux par des liens de solidarité réels, familiaux, amicaux. Et chacun des 300 soldats, par ses caractéristiques de cohésion politique et sociale vaut pour le réalisateur mieux que la masse sans honneur et anonyme de l'armée Perse.

C'est le multiculturalisme Perse qui fait d'elle un cirque. Par leur masse prodigieuse, par leurs totale différenciation, on dirait que c'est le monde entier dans ses caractéristiques physiques et culturelles répugnantes qui attaque la Grèce (ce qui est un peu vrai étant donné que l'Empire Perse se considérait comme universel).

La Grèce ? Oui, dans la réalité historique. Mais dans le film, c'est l'Europe qui est attaquée. Pour le réalisateur, la mise en rapport de force entre la Perse et la Grèce préfigure les tensions entre l'Europe et l'extérieur. La tension entre musulmans et chrétienté, empire ottoman et Europe... et aujourd'hui, dans l'idéologie d'extrême droite, "choc des civilisations" ! Tensions, d'ailleurs, dont la réalité est complexe, et dont la continuité est une construction partisane d'extrême droite.

Il fait de cette bataille le premier acte de résistance de l'Europe, représentée par sa soit disant élite antique, face à la pseudo-barbarie extérieure, qui veut le priver de son organisation politique et de son indépendance. Le choix des grecs, soit disant fondateurs culturels de l'Europe, n'est pas innocent : il fait du conflit entre l'Europe et l'extérieur un élement constitutif et primoridal de l'identité européenne.

Et surtout, à l'époque, l'Europe n'existe pas. Les Grecs n'ont pas la capacité à imaginer l'espace européen. Alors mettre ce mot, Europe, dans la bouche des personnages, fait passer ce film de potentiellement fasciste à effectivement un film d'extrême droite.

Est ce que le réalisateur américain peut imaginer l'impact de ce type d'historiographie révisionniste sur les européens ? Malheureusement, il y a trop d'élements nauséabonds pour admettre son ignorance des enjeux politiques.

Publié dans Culture

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Commenter cet article

nirmouv 22/10/2008 20:32

300 est un très bon film, et c'est grace a des critiques comme les tiennes que ces soit disons intentions du cénariste vont se réaliser. 300 ça parle de courage, fièrté, justice et liberté point c'est tous.

Léonidas 16/01/2008 23:59

300 est certainement le film le plus osé et le plus couillu depuis Fight Club. Je suis heureux de voir qu'il t'offusque, car c'est une bonne chose.

un chouka 14/04/2007 19:08

et oui, c'est chacun pour soi,et "les associations "se fondent sur l'intéret commun, comme toujours.
divisons les populations pour les assèrvir individuellement .poil aux nez:-))
c'est pour ça que les pires ennemis se trouvent pres de nous ,ou ,la trahison vien de nos proches :-)
ne pas faire confiance a pèrsonne et faisons ce que nous voulons sans que pèrsonne ne le sache :-)
en gros,les belles et bonnes paroles ne sont bonnes que pour les petits enfants crédules (°~°)
seul contre tous (°_°)

le collectif N.R.V 21/04/2007 10:50

j'ai pas voulu parler de Frank Miller, car je n'ai pas lu sa bd, mais je connais le personnage. Il dit que 300 représente la lutte contre le fascisme, mais prennons Dark Knight returns. Ce graphic novel racontre le retour de Batman, soixantenaire, pour "lutter contre une amérique fasciste", comme c'est marqué derrière la couverture. Un gang, les mutants, sème la terreur dans la ville, disant qu'ils écraseront le vieillard batman. Un général leur vend des armes. Des parents hyppies regardent faire pendant que leur gamine rejoint batman. Dans le deuxième épisode, on se rend compte que la folie de Ghotam est le reflet de celle de Batman, mais ce n'est pas batman le fasciste pour Frank Miller. Meme vieux, il se dresse comme un rempart aux troubles sociaux, les réprimant, sans remédier à leurs causes autrement que par la charité. Les mutants sont des étrangers, ils ne sont pas habillés pareil ni ne ressemblent aux autres, par contre ils se ressemblent entre eux et ils sont venus piller ghotam.
Frank Miller a tendance à dire qu'il défend la civilisation contre le fascisme, mais il a une définition étonnante du fascisme. Dur de trancher.

Philippe 11/04/2007 17:28

Analyse intéressante.... Qui donne au moins envie de voir ce film pour se faire son opinion...