De la théorie à l'action

Dimanche 19 février 2006 7 19 02 2006 07:57

La violence physique et désorganisée de rue ça défoule la jeunesse mais ça ne sert à rien ! Se battre contre des fonctionnaires payés par le contribuable ça fait rigoler les riches, ça ne les empêche pas de continuer leurs petites affaires et ça ne leur coûte rien. Ils y gagnent même puisque leurs médias s’enrichissent en vendant les photos. Et puis ça sert aux discours sécuritaires de leurs hommes politiques. Après Seattle Bush junior a été élu … 

 

 

 

Tuer quelqu’un en fait toujours un martyr pour les gens de sa classe sociale. Les bombes posées par les anarchistes n’ont servi à rien. Action Directe n’a servi à rien. Au XIXième, les anarchistes et socialistes qui ont semés sont ceux qui ont écrit des livres et ont tout fait pour éduquer les personnes qui n’avaient pas accès à un système scolaire . Ce travail de fourmi a permis de faire avancer les idées de mutuelles, services publiques, congés payés etc …Par l’éducation populaire ces idées se sont organisées dans les têtes avant d’être obtenus par les mouvements de masse et/ou le vote. Certes le pouvoir en place est toujours violent, l’administration, les élites, les médias, les lois sont d’abord au service des banquiers, des grandes fortunes et des multinationales … et les classes populaires sont souvent sur la défensive, recourant souvent aux « barricades ». Mais il ne faut pas confondre révolte pour le pain et/ou contre l’oppression et violence réfléchie utilisée au nom d’une cause. 

 

 

 

Les révolutions ne se décrètent pas : elles sont toujours arrivées quand des hommes et des femmes ont vu leurs enfants mourir de faim ou de froid et que le ras-le-bol les a poussé aux armes. Des centaines de jacqueries n’ont pas bouleversé l’ordre établi. Mais quand une vraie révolution se dessine alors certains (toujours issus de la classe dirigeante) en profitent pour essayer d’organiser et de diriger l’élan révolutionnaire. Ces dirigeants ont alors mis en place une violence organisée et massive. La violence organisée de masse présente aussi un inconvénient majeur : imposer ses idées par la force donne de mauvaises habitudes : tous les mouvements violents de masse (révolution française, révolution russe …) ont donné à leurs dirigeants des droits de vie et de morts qui ont plongé le pays dans des décennies de massacres innommables. Je ne parle pas que des guerres civiles, des luttes entre troupes républicaines et monarchistes, ou entre russes rouges et blancs, mais surtout de l’élimination d’une partie du camp révolutionnaire ou des populations civiles. Opter pour la violence organisée donne donc ensuite des réflexes de brutes : les sans-culottes nous ont légué Robespierre et les bolchéviks nous ont légué Staline. Massacrer des innocents est en complète contradiction avec l’objectif du bien de l’humanité. Ces massacres ont rendu les classes sociales plus méfiantes et moins promptes à suivre aveuglément un leader ou un parti, c’est un acquis mais avec l’inconvénient de rendre les luttes sociales actuelles moins efficaces … Une démarche démocratique est le seul garant d’un mouvement de masse réussi : confier la révolution à une élite, à un parti unique, à une bureaucratie qui s’installe ou à un chef a toujours été déshabiller Jean pour habiller Paul. C’est rester dans le monde violent. Et ça n’a jamais gêné les puissances et les spéculateurs vendeurs d’armes … 

 

 La seule chose qui gêne nos libéraux spéculateurs et rentiers c’est quand on s’attaque à leur porte-monnaie. Là on touche au sacré, Telle est la « violence » suprême. Si les révolutionnaires sont au pouvoir c’est pour instaurer calmement le partage  : augmenter les impôts sur la rente, imposer les bénéfices boursiers, réquisitionner les logements vides, nationaliser les banques, aider les artisans et petits entrepreneurs en barrant la route aux grosses multinationales et en les libérant du joug banquier et institutionnel etc … Si les révolutionnaires sont dans l’opposition ou la résistance, la grève, l’occupation, la désobéissance civile, le fauchage de champs d’OGM, la destruction de la publicité, le recours à des vols symboliques … ce que fait José Bové est violent aux yeux des classes dirigeantes : il viole la propriété privé, il fait perdre les bénéfices escomptées, il devient populaire parce que ce qu’il fait est utile à la cause qu’il veut défendre. Les banlieusards ont brûlé des voitures en pure perte, c’est du défoulement aveugle et parfois meurtrier pour absolument rien. C’est de la mécanique réactive au vide de leur vie, à l’ennui et au désespoir mais ça ne sert à rien à la cause sociale. Il faut choisir entre défoulement et envie de convaincre. Savoir ce que l’on veut construire avant de détruire. Sinon nous ne valons pas plus que les violents d’en face.

 

Par A. Casas
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Mardi 22 août 2006 2 22 08 2006 21:31

L'altermondialisme contrairement aux idées reçues ne découle ni du marxisme, ni de l'anarchisme, ni de quelconque mouvement révolutionnaire mais est fils du système capitaliste. En effet, l'altermondialisme est déjà par définition 'soft', modéré, peu radical, et a peur de la marginalisation. Ne remettant en aucun cas en cause les fondements du système, la finalité des alters est de nuancer le capitalisme, lui donner 'un visage humain' bref, éliminer les mauvais aspects du système capitaliste pour en garder que les bons cotés, mais l'un ne peut aller avec l'autre ! La planète ne pourrait pas supporter que toute la population ait le même niveau de vie que celui des Etats Unis, c'est impossible de produire autant ! Donc si on veut remonter le niveau de vie des pays émergeants, en finir avec leur exploitation, on doit faire de larges concessions, et donc en finir avec le système actuel. Le modérer est impossible, quand des gens s'enrichissent c'est aux détriments d'autres personnes, on ne peut avoir un monde parfait.... Donc leur but n'est pas de renverser ou changer le système actuel, l'altermondialisme est bien un défenseur du capitalisme.

Plus subtilement, l'altermondialisme s'inscrit dans le combat que mène le capitalisme sur ses adversaires. Cette pseudo-contestation tente de rameuter les mécontents du système pour les insérer (ou réinsérer) dans le modèle actuel. Cela permet donc aux pouvoirs en place de canaliser les mouvements contestataires en leur donnant un semblant de sentiment de révolte, preuve en est que l'on peut voir nos dirigeants politiques dans les forums sociaux, alternatifs....

 

 

Ce mouvement n’est donc pas du tout contestataire ou révolutionnaire, mais bel et bien issu du capitalisme, c’est juste une tendance de ce fléau, une tendance qui canalise des mouvements de contestation communistes, écologistes, féministes, sociales, dans ce système.

 

 

Par le collectif N.R.V
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Jeudi 31 août 2006 4 31 08 2006 13:18

Un courant puissant anti-technologie parcourt l'extrême-gauche (y a qu'à lire Rebellyon...). En quoi est-ce se tromper de combat ?

Par exemple, les nanotechnologies sont fustigées comme étant le moyen pour l'Etat de nous contrôler plus encore, grâce à des puces microscopiques. C'est déplacer le débat. Les nanotechnologies pourraient avoir bien d'autres applications que de rendre le monde encore plus sécuritaire : ainsi, en médecine, elles pourraient permettre de développer des technologies pouvant agir à l'intérieur du corps. Certes, elles pourraient aussi servir à nous contrôler, mais ce n'est pas leur fin ultime.

En ce qui concerne l'environnement, seule la recherche, par exemple sur la fusion nucléaire, permettra de relever le défi de produire de l'énergie propre. Seule la technologie permettra de retraiter les déchets et de produire proprement. Il faut savoir que le néolithique a été très polluant du fait des déffrichages.

Le même problème existe avec les OGM. Ce contre quoi il faut se battre, c'est le fait que des sociétés se servent des OGM pour rendre les paysans dépendants, pour breveter le vivant. Mais pas contre la recherche sur la génétique en tant que telle.

D'une part, il ne faut pas confondre recherche fondamentale et les technologies. La science est neutre ne saurait se conformer à des principes éthiques si elle reste fondamentale, bien sûr. Quant au développement des capacités technologique, il permet d'allonger l'espérance et vie et de produire davantage en travaillant moins. Sans progrès scientifique, on mourrait à 30 ans en couches ou de caries, 80% de la population serait paysanne et illétrée. Par contre, les applications techniques de la science doivent se conformer à une éthique qui reste à définir mais ne doit pas être en conflit avec l'intérêt du peuple.

Le problème, c'est que le financement de la recherche par l'Etat et les grandes entreprises, militaires, pharmaceutiques la met au service du capitalisme. L'accès à la technologie (par exemple les ordinateurs) n'est pas réparti équitablement dans la population française et dans le monde. Les techniques se répandent verticalement dans la société pour nourrir le capitalisme. Lorsque la masse accède à une technologie, elle donne de l'argent à ceux qui l'exploitent et confisquent à leur bénéfice le savoir technologique grâce aux brevets. Et donc renforce les exploiteurs.

Etre révolutionnaire, ce n'est pas regretter que les Vélo-V, à Lyon, soient bourrés de technologie, c'est avant tout de regretter qu'il faille avoir plein de thune sur son compte et une CB pour les louer. Il faut que le peuple s'approprie la technologies en supprimant les brevets. Il faut émanciper la science des logiques capitalistes et étatiques.

Ne sombrons pas dans l'obscurantisme anti-technique. Ni la science ni la technologie ne sont les ennemis du peuple. C'est le capitalisme qu'il faut détruire ! Si la science et le développement technique étaient mis au service exclusif du peuple et non plus des exploiteurs, ils ne sauraient ni franchir les limites de l'éthique ni nous asservir.

Par le collectif N.R.V
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Samedi 4 novembre 2006 6 04 11 2006 14:01
Chaque avancée sociale est le fruit d'une lutte, rien n'est gratuit en ce monde dirigé par la rentabilité et le culte de l'argent. Chaque acquis est du à la mobilisation des masses laborieuses, les partis réformistes et contre-révolutionnaires n'ont fait que suivre la volonté de la bourgeoisie. Jusqu'à 1968, ce sont par les grèves et la lutte que se sont instaurées les améliorations de la condition du prolétariat. Mais passé cette date, l'offensive s'enlise, trahie par les directions des centrales syndicales qui signèrent les accords de Grenelle. Désormais, uniques interlocuteurs du gouvernement, ils délégitiment les masses revendicatrices au profit de leur pouvoir personnel. Dès lors, ils perdent leur rôle d'avant garde, et deviennent un frein à l'avancée sociale.
 
Où en somme-nous aujourd'hui? Que ce soit le CPE, les retraites, les émeutes, chaque mouvement récent fût purement défensif, chaque action fut de défendre un sujet, un point, mais pas de réclamer notre dû. Nous avons parfois repoussés ce qui nous menaçait, mais nous n'avons rien gagné non plus. A chaque fois, les attaques ennemies s'enhardissent, tandis que nous perdons pied peu à peu. A chaque mobilisation, les gouvernements font passer discrètement d'autres lois scélérates, ils nous occupent avec un gros sujet pour contourner notre vigilance, et frapper par derrière. Au final, l'échec est inévitable si l'on ne sort pas de cette logique, nous ne pourrons contrer éternellement les assauts du capitalisme. Si nous ne repassons pas à l'offensive, nous sommes condamnés à plus ou moins longue échéance
 
D'où un changement de tactique obligatoire. La lutte sociale est une vraie guerre, et c'est la seule que l'on doit réellement gagner, car si nous échouons, c'est notre existence qui est mise en péril. Or, comme dans n'importe quel conflit, c'est celui qui a l'initiative du combat qui dispose de l'avantage. Hélas, la plupart des militants et des militants potentiels sont dans une situation d'attentisme révoltant, ils considèrent que c'est par une offensive du gouvernement que doit se lancer la logique de mobilisation. Or il n'en est rien. Nous avons la possibilité de lancer ces attaques au moment que nous jugeons opportun.
 
Comment faire? Il est indispensable de lancer un programme précis, de proposer au maximum d'organisations de se rallier à ce programme, nous aligner sur des positions communes, briser la mainmise des syndicats traitres sur la lutte et sur la négociation, et, une fois ceci fait, diffuser massivement et unitairement nos revendications. Tout les fronts possibles doivent être attaqués, il faut entrainer les forces réactionnaires sur des terrains glissants, les forcer à ce mettre en défensive, et continuer à les harceler pour qu'ils ne puissent contre attaquer. Si nous parvenons à lancer une véritable logique de lutte de masse, nous ne pourrons être que victorieux.
 
 
Hypothèses de revendications:
 
 
Partie politique extérieure:
 
                        Rupture des accords libéraux et antisociaux internationaux.
                        Rupture des liens unissant la France à l'OTAN
                        Retrait des troupes françaises de tout théâtre d'opération étranger.
                        Taxation des transactions internationales
                        Interdiction des délocalisations.
                                              
 
 
            Partie politique intérieure:
 
                        Refonte du système judiciaire et de l'appareil répressif de l'Etat.
                        Hermetisation aux intérêts privés de tout service "vital" (transport, énergie, éducation...)
                        Autonomie des collectivités locales
Subventionnement par l'Etat des collectivités locales
                        Remise en question du système institutionnel et du système d’élection.
                        Egalisation des droits des étrangers en France par rapport à ceux des citoyens.
                        Reconnaissance de l’article 35 de la D.D.H.C. de 1791.
                        Fin de l’éducation ethnocentrique et judéo-chrétienne.
 
 
 
            Partie sur le social :
 
                       
                        Revenu minimum pour tous.
                        Gratuité des services publics.
                        Gratuité d'accès à la culture.
                        Droit au logement.
Droit au loisir.
                       
 
Evidement ces revendications seront développées et affinées dans un prochain article.
Si vous avez des propositions, n’hésitez pas à nous en faire part.
                                              
                                              
                            SovietSiG                  
Par SovietSIG
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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 11 2006 09:34
Le titre même de l'ouvrage auquel nous allons nous intéresser, le suffrage universel contre la démocratie, interpelle, voire choque : usuellement, le suffrage universel serait la condition de la démocratie.
Son auteur, Philippe Braud est un universitaire consacré en France et internationalement. Son manuel de sociologie politique et son ouvrage le jardin des délices démocratique sont des best-sellers. S'il est antérieur puisque publié en 1980, le livre étudié ici n'est pas sa première publication. L'auteur joue de son crédit pour répondre à une problématique osée.
Il met en évidence dans un "Avertissement" les ruptures méthodologiques et problématiques qui sous-tendent son ouvrage. Il refuse d'accorder une importance première aux chiffres et s'intéresse davantage à la dimension psychoaffective du vote. Il déplace également le champ d'observation. Les sociologues s'intéressent à la question "pour qui vote les électeurs". La réflexion de Philippe Braud, elle, se place à un échelon plus élevé : il se demande pourquoi ils votent. En effet, la démocratie pluraliste souffre de beaucoup de défauts et il n'est pas évident, selon lui, que le système se perpétue. Comment le suffrage universel reçoit-il l'adhésion du peuple, pourquoi et pour quoi ?
Afin de répondre à cette problématique, l'auteur étudie le suffrage universel comme un système existant par lui-même, dans lequel viennent s'ajouter les règles institutionnelles et s'intègrent les volontés des différents acteurs. Il mobilise dans ce but des arguments marxistes et les théories de différents auteurs de cette tradition, toujours dans une optique psychologique. Il annonce qu'il ira jusqu'au bout de son propos, dusse-t-il prouver que le suffrage universel est antidémocratique.
Dans un premier temps, il convient de se demander qu'elle est selon l'auteur la nature véritable de la scène électorale. Ensuite, nous nous arrêterons sur les raisons de l'adhésion et sur les ressorts du marché électoral. Enfin, Philippe Braud dévoile dans cet ouvrage les fonctions du suffrage universel.

I La scène électorale

 

 

 

 

A. Un divertissement

Philippe Braud décrit les élections comme un divertissement. La dimension ludique du suffrage universel ne fait pas de doute. C'est un rituel transgressif et festif où l'Etat est symboliquement mis à mort par les électeurs qui désignent le pouvoir. Tout peut arriver et de plus, le secret déresponsabilise l'électeur. Les élections sont également une scène à plusieurs titres.

C'est en effet un lieu coupé de la réalité. En premier lieu, le caractère sacré, surtout, et secret du suffrage universel transcende l'élection. En second lieu, les armes de la compétition, les problèmes posés par la campagne, sont dans le déni de réalité. Les électeurs vont se décider en pariant sur les réponses apportées à des problèmes concrets. Or, les plus profonds sont ignorés par la campagne. Un phénomène d'occultation par substitution est observé par Philippe Braud. Selon lui, la question de la laïcité cachait le problème ouvrier sous la IIIème république. Par contre, si un problème de société éveille suffisamment d'intérêt pour apporter des suffrages, il est récupéré par les hommes politiques qui l'utilisent de façon réductrice. Le lexique de la campagne souffre en général de la même pauvreté : ses mots s'usent, s'apolitisent ou se démonétisent.

Ensuite, cette scène prend place sur l'espace médiatique. En 1980, Philippe Braud s'inquiète déjà des dérives commerciales de la politique. En effet, la radio et la télévision s'imposent comme les moyens privilégiés de la communication en période électorale. Cela a plusieurs conséquences sur d'une part le sérieux, le niveau et la profondeur du discours politique et d'autre part sur l'importance du financement dans l'accès à la scène.

Enfin, les hommes politiques sont les "héros de la scène". Héros au sens fort du terme, étant donné le caractère agonistique des élections, mais aussi de façon plus triviale. La scène électorale est un vaudeville. Les candidats, usant des armes rhétoriques les plus basses selon l'auteur, cherchant à quémander des suffrages, s'humilient devant les électeurs. Ceux-ci se sentent dans une franche familiarité avec les candidats.

 

 

 

B. Le  jeu et ses règles

Le suffrage universel impose ses règles : il "autorise la production symbolique du leader sur le devant de la scène".

Tout d'abord gagner des voix demande une adaptation du discours. Les partis politiques doivent, pour s'imposer au second tour d'un scrutin majoritaire, tenter de séduire toutes les strates de la population.  C'est ce qu'appelle l'auteur la "loi tendancielle de séduction tous azimuts". Cette stratégie nécessite de ne pas se revendiquer d'une classe et donc d'escamoter les conflits réels. Elle tend à uniformiser les discours politiques.

 

 

 

Néanmoins, les partis doivent conserver un minimum de discours idéologique. Tout d'abord, vis à vis de leur base qui l'ancre dans la réalité. Plus l'adhésion se fait sur une idéologie précise, plus le seuil de trouble des militants est bas et plus l'exigence "d'autoconservation de l'appareil partisan" freine la séduction tous azimuts. La nécessité de conserver l'électorat irréductible du parti, noyau dur social diversement homogène, limite aussi les partis qui se voient obligés par le jeu du suffrage universel de tenir plusieurs discours.

 

 

 

Ensuite, entrer dans le jeu électoral nécessite d'accepter des règles, de "faire le jeu du suffrage universel" et de l'affirmer. On observe une corrélation entre le degré d'acceptation du suffrage universel et intégration politique.

Les partis se nomment soit de la manière la plus englobante et consensuelle possible, soit en référence à une gloire historique. Seuls osent afficher les catégories sociologiques qu'ils représentent les hors-jeu et ceux qui en jouent un autre. Ils développent également pour la forme une rhétorique au niveau de la notion de contrat.

Enfin, les règles du suffrage universel sont imposées par le Pouvoir d'Etat. Si la Constitution est censée être l'émanation de la volonté du peuple français, les députés constituants, eux, participent au Pouvoir d'Etat. La loi électorale favorise certains compétiteurs et certaines formes de jeu. Le deuxième tour français permet à la fois de prendre en compte les petits partis sans menacer les gros partis du centre. La logique d'alliance qu'elle rend nécessaire fonde la bipolarisation de la vie politique française.  La distribution des sièges favorise la prise en compte des suffrages ruraux aux législatives.

La suite demain !

Par collectif NRV
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Jeudi 16 novembre 2006 4 16 11 2006 14:47
II La dimension psychoaffective derrière le vote "raisonnable"
 
A. L'irrationalité du vote
Tout au long de l'ouvrage, l'auteur dénonce la passivité de l'électorat devant la politique. Son livre appelle d'ailleurs à une réaction : faire "un meilleur emploi" des "énergies militantes". Cependant, il s'adresse à des personnes politisées. La majeure partie des électeurs est silencieuse et ne participe à la Société Civile qu'au moment des élections, et les pousser à aller voter est déjà un enjeu important de la campagne. Malgré qu'il n'aborde pas en profondeur la question de l'abstentionnisme, l'auteur insiste sur la question de la compétence politique.
Et selon lui, très nettement, seule une minorité éclairée affranchie du conditionnement est en mesure de voir clair dans des discours qui ne le sont pas. Le conditionnement est le fait des appareils idéologiques d'état, concept créé par Althusser, qui inculquent l'acceptation du jeu démocratique. La lutte pour ce droit, la connotation aristocratique du vote, font se sentir valorisé d'être citoyen l'électeur. De ce fait, l'éducation offre des mobiles plus rationnels en apparence seulement. Paradoxalement, le citoyen se sent investit de la Souveraineté Nationale en votant. L"auteur évoque avec un soupçon de mépris les électeurs qui croient à une bienveillance du "Pouvoir d'Etat", ceux qui reconduisent la Majorité par clémence et sollicitude. Il dénonce aussi le vote "par devoir", purement conditionné.
Le "mode de production capitaliste avancé", certes, influe sur le vote ouvrier. Il est frustré et éprouve un désir de reconnaissance. Son désir d'exister socialement peut faire sembler son vote irrationnel.
Pour l'auteur, l'adhésion au suffrage universel vient du fait qu'il est le support de désirs et qu'il engendre des satisfactions, bien qu'il soit décevant au niveau des résultats concrets. Par exemple, voter permet d'éprouver le "sentiment euphorisant de leur appartenance à la communauté nationale" et "voter pour" d'appartenir à une communauté d'idée. L'auteur y voit la réactivation d'un lien maternel avec la mère patrie. C'est un peu de rêve qui est en circulation dans le marché électoral.
 
B. Les motivations psychologiques du vote.
Les facteurs explicatifs du contenu du vote, par delà le patrimoine, la religion, sont avant tout psychologiques.
Bien que l'auteur se serve de l'échelle droite-gauche pour établir des schémas de partage du pouvoir, il affirme qu'elle ne correspond à rien en réalité. C'est une clarification du jeu politique favorable à la gauche dont les sympathisants contrôlent "l'appareil idéologique d'Etat". Le discours idéologique des partis remplit une fonction de propagande. Il désigne des ennemis symboliques et fait miroiter une utopie illusoire en échange des suffrages.
Si l'électeur cherche une identité totalisante et rationalise son vote derrière une étiquette, le rôle de la société dans la direction du vote est mis en relief. En effet, elle valorise certaines identités, modérées. L'appellation "droite" étant réservée à la "vraie droite", les électeurs ayant assimilé le "conditionnement" seront "de gauche" bien qu'en réalité plutôt "du centre", voire "ni de gauche ni de droite". Les normes changent avec le milieu et l'électeur a tendance à adopter l'identité politique la moins coûteuse socialement pour lui.
Les électeurs, qui aiment à croire que "chaque voix compte", voient rejaillir sur eux la grandeur de la cause qu'ils soutiennent. Les hommes politiques investis par un parti en conçoivent le même orgueil.
Enfin, les électeurs votent pour des champions à qui ils puissent s'identifier afin de pouvoir savourer une parcelle de pouvoir. Ils se projètent dans le candidat. Se dégage un "profil symbolique" : le candidat gagnant est un homme dynamique mais sage, diplômé, un battant. Les citoyens, le regard tournés vers lui, s'identifient pour certains à ses qualités et défauts. L'auteur cède à la tentation de dire que "tous se ressemblent étrangement". Néanmoins, le lien créé au moment de l'élection est très éphémère car l'électeur sait bien le caractère non impératif des promesses.
 
C. Un système aliénant
Ce jeu qui existe pour lui-même est aliénant. Les hommes politiques sont prisonniers des exigences fantasmatiques de l'électeur qui demande de l'illusion lors des scrutins rythmant la vie politique. La base de leur parti fait aussi pression sur eux, de même que ses cadres. Bien entendu, appartenir à un grand parti est nécessaire aussi bien au niveau des ressources matérielles que politiques.
La politique en elle-même est un métier qui prend beaucoup de temps et d'énergie. Les hommes politiques s'attendent à retirer de leur élection des gratifications symboliques comme du pouvoir, de la reconnaissance qui ne sont pas en accord avec la réalité.
Le discours politique récupère conjonctures, phénomènes extra-politiques et faits divers. Les électeurs finissent par croire que le politique est omnipotent et omniprésent, et leurs attentes augmentent d'autant. Les médias surexposent la politique et se focalisent sur les élections, accroissant démesurément leur caractère crucial. Le traitement de la campagne électoral par la radio et la télévision distord et simplifie la réalité plus encore. Les électeurs apportent leur adhésion à des propositions déconnectées des passions qui les agitent réellement. Philippe Braud nie que les résultats du scrutin soient la volonté générale et affirme qu'ils sont une somme de fantasmes.
 
 
Par lek
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Vendredi 17 novembre 2006 5 17 11 2006 14:43
III Les véritables fonctions du suffrage universel
 
A. Apaiser
 Pour l'auteur, le jeu des élections permet de prendre en charge les conflits inhérents à la société et à en limiter les violences. Il éclaire sous un jour psychologique la tradition marxiste.
L'auteur affirme dès le début que c'est le rapport de production qui creuse le principal clivage. Ce conflit, les Français étant résignés ou anxieux, est en général latent mais n'est pas moins essentiel. La campagne et l'acte de vote prend en compte cette agressivité et désigne des coupables de substitutions.
Le jeu politique en ressort également apaisé. Au lendemain du scrutin, les formations politiques qui investissent dans la compétition, respectent les règles du jeu et acceptent de laisser le trophée au candidat gagnant. De plus, l'opposition est blessée et affaiblie par la défaite. De même, les différences d'opinions exprimées n'impliquent aucun comportement pour l'électeur à la suite d'une défaite.
Enfin, plus globalement, les pulsions agressives les plus profondes des électeurs sont déchargées dans l'urne, avec d'autant plus de violence qu'il y a de frustration. D'une part, les tendances antipoliticiennes sont prises en compte dans le vote extrême. Les catégories touchées par cette pulsion seraientcatholiques pratiquants, les petits patrons et plus bizarrement les "cadres-techniciens". D'autre part, la campagne électorale est une arène où l'agressivité des électeurs est transférée dans le spectacle agonistique et le vote de rejet.
Si la politique à elle seule capable de retenir le peuple, comme en 1936, le moment de l'élection permet la régulation dans la continuité de l'agressivité populaire et le maintien de la cohérence de la société civile.
 
B. Légitimer
L'ingérence de l'Etat dans la vie des citoyens est perçue à la fois comme inacceptable et pourtant nécessaire. Les libéraux des Lumières ont résolu le paradoxe en donnant au suffrage universel de rôle de légitimer rationnellement l'usage de la coercition. Dans les faits, son sceau lie indiscutablement les dirigeants à l'assentiment populaire. Cependant, l'auteur critique l'idée qui en découle que la force du nombre soit plus légitime qu'une autre.
Ensuite, le politique se voit accordé une prime de légitimé par rapport aux autres pouvoirs avec lequel il doit composer, qui forment la "Structure globale de Domination", c'est à dire les dirigeants politiques, de "l'appareil de coercition matérielle", de "l'appareil économique" et des "appareils idéologiques dominants". Le suffrage universel permet au politique de se donner à lui seul la prééminence juridique, c'est à dire le droit de dire le droit. Il se réserve le monopole de la coercition. Mais certains autres pouvoirs ont également intérêt à se situer au-dessus de la scène, tirant, c'est l'avis de l'auteur, les ficelles des "pantins" politiques.
En outre, les illusions que se font les électeurs sur la puissance du dirigeant élu élargissent sa marge de manœuvre. Le candidat est transcendé par l'élection. Il devient sa fonction ("saisi par l'étiquette"). L'élection le donne comme "modèle d'achèvement" de la société bourgeoise.
 
C. Conserver
La grande souplesse d'adaptation du suffrage universel réside dans le fait qu'il permet de prendre en compte symboliquement les désirs des électeurs. Le conditionnement, le caractère magique de la campagne permet de faire croire qu'un changement est possible.
Cependant, les électeurs restent "raisonnables". Les citoyens laissent à l'inertie de l'ordre social le soin de résoudre les problèmes sociaux. Le gros d'entre eux ne souhaite pas voir de changements radicaux advenir. Voter au centre est une attitude mesurée, l'apolitisme de la prudence. De plus, les candidats sortants sont favorisés par leur expérience.
Stratégiquement, les hommes politiques ont tout intérêt à choisir un parti qui leur permette d'accéder au pouvoir. Philippe Braud va plus loin en affirmant que c'est la pression du milieu socioprofessionnel dont il est issu qui restreint le choix du candidat.
D'autre part, l'auteur démontre le conservatisme institutionnel en invoquant l'échelle droite-gauche décriée et les effets des différents modes de scrutin.
Il convient de rappeler le contexte politique. Nous sommes en 1980, à un an d'élections présidentielles. La France n'a pas connu d'alternance politique depuis 1936. Etant donné l'orientation politique de Philippe Braud, il n'est pas étonnant qu'il stigmatise une Majorité qui paraît alors inexpugnable. Aujourd’hui, il a dit oui à la constitution européenne.
Pour l'auteur, la seule différence entre le système politique français et un système politique à parti unique est la fonction d'arbitrage du suffrage universel. Le pouvoir d'Etat est monopolisé par une "Majorité pérenne à géométrie variable", qui use de du pouvoir constitutionnel qu'elle s'est donnée pour se maintenir. Le suffrage universel a pour fonction de faciliter sa domination et d'assoire celle des hommes qui la dirigent.
 
 
Selon Philippe Braud, la scène électorale est un lieu déréalisé où la stratégie de séduction des partis rencontre les désirs, les passions et l'indifférence des électeurs, dans le cadre des règles du suffrage universel. Sa réelle fonction n'est pas de dégager une volonté générale rationnelle, mais de calmer les tensions sociales afin de faciliter et de préserver la domination du pouvoir d'Etat et des élites. Les fonctions du suffrage universel sont au moins autres que démocratiques. Ses dysfonctionnements apparents - vote aux extrêmes, abstentionnisme -, le nombre de citoyens se situant hors de son cadre, sont en expansion depuis sa publication. Pour l’expliquer, peut-être convient-il effectivement de dominer le système en l'étudiant de l'extérieur. Le système politique justifié et légitimé par les appareils d’état ne peut être compris que si on se rappelle qu’il n’est qu’un système comme un autre.
Par collectif NRV
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Dimanche 19 novembre 2006 7 19 11 2006 22:47



LA VRAIE GAUCHE AU PIED DU MUR !
LES VRAIS COMMUNISTES ONT UN DEVOIR DE S’UNIR DANS L’ACTION ! 

    Les « militants socialistes » qui avaient déjà plébiscité le OUI à la Constitution européenne, viennent de faire à nouveau allégeance à la pensée unique eurolibérale et à l’idéologie dominante, moralisante, réactionnaire et antisyndicaliste. En élisant avec 61% des voix une candidate qui ne cesse de surenchérir sur tous les thèmes traditionnels de la droite :  «  ordre moral  » de type versaillais, attaques contre les acquis syndicaux du secteur public et mépris profond pour les enseignants, rejet de la République une et indivisible au profit de la décentralisation la plus outrée, ils ont montré qu’il n’y a décidément plus rien à attendre d’un PS qui défigure la mémoire de Jaurès largue définitivement les amarres avec la social-démocratie traditionnelle pour dériver ouvertement vers le libéralisme blairiste et le clientélisme revendiqués. Le PS royalisé, dont l’histoire est déjà pleine de trahisons sociales tardera t’il longtemps à se muer en New Labour à l’anglaise ou en parti « Démocrate » à l’américaine, dans le cadre d’une alternance au service du capital.


    Il y a huit jours 60% des adhérents du PCF ont de leur côté plébiscité MG Buffet l’ancienne ministre de Jospin qui leur propose de fondre le PCF dans une « gauche antilibérale » totalement acquise à l’Europe supranationale et capitaliste et profondément hostile au communisme et qui annonce d’avance son désistement inconditionnel pour Royal au second tour. Combien de temps le PCF/PGE muté, rabatteur du PS maastrichtien mettra t’il pour officialiser sa dissolution dans une « force antilibérale » soluble dans la pensée unique ?


    C’est un piège qui est tendu au peuple français, pour neutraliser le NON majoritaire du 29 mai 2005 et l’insurrection victorieuse des jeunes contre le CPE, le Parti Maastrictien Unique (UMP+PS) veut forcer les électeurs à n’avoir le choix au second tour qu’entre la dame patronnesse Royal et le fascisant frénétique Sarkozy de Nagy-Bocsa, pendant que Le Pen se tient en embuscade .
Derrière les flonflons des médias, c’est bien le legs de la Révolution française, ce sont les acquis sociaux, les services publics, les libertés démocratiques et l’indépendance nationale, chèrement gagnés par notre peuple qui sont menacés de mort !


    Il est urgent pour le camp populaire de construire une alternative anticapitaliste et anti-Maastricht.
Dans ces conditions c’est un devoir pour la vraie gauche républicaine et progressiste de se retrouver sur un programme clair de rupture franche avec l’Union européenne supranationale du grand capital, de reconquête des acquis de 1936,1945 et 1968, de rétablissement d’une République laïque, démocratique, sociale et souveraine, de contestation radicale du capitalisme.
Inorganisés, encore membres du PC/PGE ou organisés dans des groupes déjà actifs, les vrais communistes se doivent d’être le fer de lance de ce rassemblement, dont la lutte de classes est le pivot . Communistes, rencontrons nous d’urgence pour appeler les jeunes et les travailleurs au combat anticapitaliste, pour construire et faire partager ensemble un « programme candidat » réellement alternatif.


    Républicains, laïques et progressistes, rencontrons nous, unissons nous pour associer le drapeau rouge au drapeau tricolore contre le racisme lepeniste, contre l’impérialisme américain et contre son dangereux rival l’Empire européen en construction ! Le piège tendu par l’UMP-PS avec Le Pen comme verrouilleur ne doit pas se refermer sur notre peuple !


    Le PRCF appelle à l’union et à l’action commune !. Assumons ensemble nos responsabilités devant le peuple de France ! C’est l’heure de s’unir car « l’Histoire ne repasse pas les plats » (Marx).

Allez voir leur site.


 

Par le collectif N.R.V
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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 11 2006 10:58

Patrick Geary, historien américain spécialiste du moyen-âge élève de Jacques Le Goff, constate la recrudescence de revendications nationalistes à l’est, en Europe, et la montée de la question de l’immigration dans les débats politiques. Il pense que l’Europe n’a pas retenu les leçons du XIXème siècle et de la première moitié du Xxème siècle.Il regrette le rôle tenu par les historiens et l’Histoire et dans les revendications politiques et se propose de faire une critique scientifique de l’idéologie historiciste européenne. Il part de quatre exemples : la situation actuelle, sur laquelle il ne se penche que brièvement, en introduction et en conclusion, le XIXème siècle période empoisonnée d'ethnogénèse* européenne, se référant à la longue période de "l'acquisition initiale" de caractéristiques culturelles, pendant tout le premier millénaire chrétien, suite au cataclysme des invasions barbares. Pour sortir du cadre ethnocentré européen, il décrit aussi l’ethnogénèse zouloue. Il se place d’ailleurs comme un observateur extérieur, valorisant son identité américaine comme gage d’objectivité.


On peut mettre en parallèle les démarches de Norbert Elias et de Geary : tous deux s’intéressent au long terme, à des processus, et ont le même objet : l'étude des mentalités. Mais Geary s’attaque quant à lui aux sentiments d’identité collectifs, et à ses rapports avec l’Histoire.
On peut se demander comment se nouent les rapports entre idéologie, politique et Histoire. Nous verrons tout d’abord les rapports direct entre idéologie et Histoire, puis nous nous attarderons sur le sentiment d’appartenance ethnique. Enfin, nous nous pencherons sur le problème de l’ethnocentrisme dans l’historiographie.

Tout d’abord, il faut comprendre que le peuple procède d’une idéologie voulue par une entité politique. C'est le moyen de légitimer une domination politique. Mais c'est aussi pour ceux qui se reconnaissent dans ces identités un catalogue dans lequel ils peuvent piocher dans différentes sphères sociales : romain, barbare, on pouvait bien être les deux. Ces identités peuvent ne pas être distribuées socialement de façon équitable : être Franc sous Clovis était le privilège de l'élite.


L’Histoire apparaît ensuite comme outil de revendications politiques. Les dirigeants politiques peuvent piocher dans l'Histoire des vieux noms rassembleurs et couverts de gloire pour mobiliser des groupes ou revendiquer un territoire, plus tard. Les légendes familiales et les généalogies – vraies ou inventées – sont également des outils politiques de légitimation. Les vieux noms qui ressurgissent peuvent être vus comme des cris de ralliement militaires. Y adhèrent souvent de façon consciente ceux qui ont besoin de cette identité à des fins stratégiques. Ces vieux noms perdurent encore aujourd'hui, à travers, en France, la dichotomie Francs/Gaulois, elle aussi ségrégative socialement : les nobles se voyant comme des francs, et le peuple comme les gaulois.



Le sentiment d’appartenance ethnique connaît de nombreuses ruptures et discontinuités. D’une part, l’identité ethnique, quand on la considère sur le long terme, connaît de nombreuses fluctuations. Les peuples sont des entités fragiles et une défaite militaire peut signer la dissolution d'une identité commune en de multiples sous-groupes ethniques. Les mentalités sont en constante évolution. Au contraire, une vieille identité peut réapparaître soudain à la faveur de l'émergence d'un leader. De plus, les réalités sociale recouvertes par les noms varient complètement. D'élite sociale, les "romains" deviennent le peuple. Les propriétaires terriens accèdent à l'identité culturelle barbare avant la fusion totale entre barbares et romains. Enfin, la réalité culturelle recouverte par les peuples est assez éclectique. Si on peut noter quelques facteurs d'unité culturelle dans les groupes barbares dans les sources, il faut s'en méfier et ils restent très limités.
Toutefois, l’ethnogénèse a sa propre réalité. Pour certains, le fait que l'identité commune soit une création politique nie toute réalité à l'ethnie. Au contraire, pour Patrick Geary, les mentalités sont performatives. Les sentiments d'appartenance ethnique fondent la réalité du groupe. Ces sentiments sont le fait d'abord des élites, qui cherchent à définir leur relation avec le peuple. Celui-ci participe aussi à ce sentiment en acceptant l'identité – partagée ou non avec les élites - qui lui est proposée. A certains moments de l'Histoire, les identités des groupes sociaux ne se superposent pas : c'est ainsi le cas lorsque la citoyenneté romaine n'était pas généralisée, ou lorsque les barbares cherchaient à se territorialisée. Mais le peuple peut très bien absorber l'identité des élites ou l'inverse. L'effet est quasi-immédiat.


On peut se demander si les sentiments d’appartenance ethnique ne sont pas des faits sociaux totaux. Sont-ils déterminés par d'autres faits ou les déterminent-ils ? Les institutions politiques participent à fonder le groupe : une identité juridique commune avec le peuple des romains, a suivit le processus d'assimilation des barbares. Les institutions politiques unifient les cultures grâce à la reconnaissance d'un chef commun. La culture varie aussi selon le sentiment d'identité ethnique : en s'unissant, les individus se mettent à partager certains traits d'habillement, certaines traditions. Néanmoins, le sentiment d'identité ethnique n'est pas primordial à la culture et aux institutions : celle-ci reste le relais d'une volonté politique et d'une stratégie.


* Processus de construction d'un sentiment d'appartenance ethnique.

 

(la suite demain)

Par coll
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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 11 2006 11:18

(le début)

La grande difficulté à saisir la complexité du processus d’ethnogénèse vient de biais historiographiques. En premier lieu, l’ethnocentrisme des historiens est le principal problème méthodologique. On peut établir des parallèles entre histoires officielles romaines, chrétiennes et celles des historiens contemporains. Toutes trois définissent leur peuple par rapport à un autre, « les barbares ». Les historiens projètent des modèles préétablis à des peuples n’ayant pas la même vision de l’Histoire, n’ayant pas les mêmes caractéristiques. Ainsi, l’Histoire des Zoulous a été écrite par rapport aux « invasions barbares », en rapport à un « vieux fond » de modèle d’ethnogénèse se rapportant à l’Ancien Testament et à l’Exode. De plus, ils minimisent l'impact de leur culture sur celles qu'ils étudient.
On peut reprocher aux historiens leur naïveté. La critique historique des sources n’a pas toujours été faite comme il faut, et les historiens encore aujourd’hui cherchent à interpréter historiquement des légendes, par exemple bibliques ou des rumeurs. Ainsi, les mots serbes et croates renvoyaient à des groupes sociaux plutôt qu’à des groupes ethniques. On oublie fréquemment l’impact de la production scientifique sur les visions de l’Histoire. Ainsi, c’est parce que Bryant a écrit l’Histoire des Zoulous que ceux-ci sont devenus un peuple unifié. De même, les classifications romaines sur les barbares ont été performatives. Un autre biais méthodologique – qui n’est pas très différent - consiste à surinterpréter. Tirer des hypothèses d'unité ethnique de quelques mots d’historiens concernant des techniques militaires, des coutumes, est courant et faire une histoire linéaire est une inclinaison des historiens. Enfin, l'autre gros problème des historiens est leur tendance à figer les sentiments d'appartenance ethnique. Ainsi, faire l'Histoire de la Serbie ne veut rien dire : il y a eu des discontinuités fortes dans le sentiment d'identité. De même pour l'Histoire de France. Pour Geary, il est impensable de faire l'Histoire d'un peuple. C'est la négation même de l'Histoire, qui est un mouvement perpétuel, et la cause du nationalisme.
Les historiens sont incapables de conceptualiser des histoires différentes de celle qui est la leur. Pourtant, les possibilités sont nombreuses. D'une part, attacher forcément un peuple à un territoire particulier est une erreur. Si, au cours du moyen-âge, les ethnies se sont territorialisées, les romains, par exemple, se restreignant aux habitants de Rome, comme au cours du XIXème, la civitas se passait de territoire. Certains peuples, de mêmes, étaient en mouvement permanent, des armées. D'autre part, souvent le sentiment d'identité ethnique concorde avec une unité politique, mais pas toujours. Ainsi, il y avait plusieurs Royaumes Francs et les slaves n'étaient pas unifiés politiquement. De même, le sentiment d'unité ethnique n'est pas forcément vecteur de stabilité politique : des Empires polyethniques ont pu durer, comme l'Empire Perse, extrêmement longtemps. A l'inverse, les sentiments d'identité ségrégatifs socialement – comme la dichotomie barbares / romains ont pu causer des troubles politiques. Enfin, le sentiment d'identité ethnique peut très bien ne pas exister : d'autres identités sociales existent, comme la famille, le clan, la religion, la position sociale, qui sont parfois plus déterminants.

Peut-être peut-on dépasser Geary et lui apporter des restrictions. Certes, Geary maîtrise largement le sujet. Il essaie d'être rigoureux dans sa méthode et tire des enseignements de la sociologie et de l'ethnologie. Néanmoins, on peut lui reprocher de ne pas faire souvent pas autre chose que de donner ses propres hypothèses sur les faits historiques, par exemple concernant les mariages. De plus, sa critique du sociologisme qui immobiliserait en caractérisant néglige certaines théories de la dynamique des groupes. C'est bien des objets sociaux qu'il étudie, même si pour lui, ils ne sont qu'éphémères. C'est d'ailleurs la grande différence entre lui et Norbert Elias : celui-ci étudiait une continuité dans les mentalités. C'est d'ailleurs un apport majeur de ce livre que de considérer les ruptures plutôt que les continuités.
D'autre part, puisque l’Histoire et sentiment appartenance ethnique sont liés, c’est en quelque sorte l’Histoire officielle qui devient la réalité, par exemple pour les zoulous. Les liens entre Histoire et identité culturelle sont inextricables. Les représentations culturelles ne sont pas réductibles à la science historique.
Ce n'est pas vraiment aux politistes, aux historiens et aux sociologues qu'il s'adresse, mais aux citoyens européens.


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